Le 25 mars 2026, le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) a tenu sa conférence internationale à l’Université Paris Cité. Cette journée, intitulée « Quels usages de l’IA en éducation ? », a réuni des experts français et internationaux pour explorer comment l’intelligence artificielle (IA) peut soutenir ou, au contraire, fragiliser les apprentissages des élèves
L’ouverture de la conférence par Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et l’introduction assurée par Stanislas Dehaene, président du CSEN, Joëlle Proust et Jill-Jênn Vie ont permis de redéfinir le cadre de la journée : l’essor de l’IA générative et adaptative modifie profondément les manières d’enseigner.
Jean-Gabriel Ganascia a ouvert la matinée en revenant sur l’histoire et la nature même de l’intelligence artificielle, afin de mieux la démystifier. Face aux performances spectaculaires des agents conversationnels, il a rappelé les limites de ces modèles de production de langage, notamment en termes de compréhension véritable. Son intervention a également souligné l’importance d’un encadrement éthique rigoureux.
La matinée s’est poursuivie avec Pierre-Yves Oudeyer, qui a plaidé pour replacer la curiosité au centre de l’éducation. Selon lui, l’IA doit être un outil pour mieux comprendre et stimuler le désir de savoir des élèves, plutôt que de simplement fournir des réponses toutes faites. Il est donc primordial de concevoir des outils numériques favorisant l’exploration et l’autonomie des élèves, moteur de l’apprentissage.
Amel Yessad a ensuite détaillé les mécanismes de l’IA adaptative. En modélisant les connaissances de l’apprenant, les outils d’IA permettent de proposer des activités et rétroactions personnalisées aux élèves à partir de leurs traves d’activité. Cette présentation a toutefois alerté sur les biais possibles de ces systèmes, et leurs limites éthiques.
L’après-midi a débuté par une table ronde consacrée à l’intégration concrète de l’IA dans les pratiques enseignantes. Frédéric Guilleray a montré comment ces outils peuvent soutenir la conception de ressources pédagogiques et l’autoévaluation des élèves. Franck Silvestre a présenté des travaux visant à accompagner les apprentissages réalisés hors de la classe grâce à l’IA générative, tout en soulignant les risques liés à une utilisation inadaptée. Margarida Romero a quant à elle exploré les usages créatifs de l’IA et les situations de co-création entre humains et machines, en insistant sur la nécessité d’un usage critique et réflexif de ces technologies.
Roger Azevedo a ensuite nuancé les échanges en mettant en garde contre le risque d’« illusion d’apprentissage ». L‘IA, en se concentrant sur la rapidité et l’exactitude des résultats, peut masquer un manque de réflexion stratégique et fragiliser la métacognition, laissant l’élève croire qu’il maîtrise un sujet alors qu’il ne fait qu’utiliser un outil. Il propose d’utiliser des données multimodales (suivi du regard, gestes) pour détecter les moments où l’apprenant perd réellement le fil, tout en plaidant pour que ces technologies éducatives soient conçues pour soutenir le développement des compétences métacognitives plutôt que pour les contourner.
Enfin, Stéphane Mallat a présenté le projet MathAData, qui réintroduit des travaux pratiques de mathématiques à travers des défis d’intelligence artificielle. Cette application disciplinaire de l’IA vise à rendre les notions abstraites concrètes grâce à l’exploitation de données, mais également à valoriser l’erreur comme étape de l’apprentissage.
La journée s’est conclue par une synthèse animée par Emmanuel Sander et Joëlle Proust, à laquelle ont contribué Florence Biot (DNE) et Marc de Falco (IGESR). Un message commun s’est dégagé de l’ensemble des échanges : l’IA ne constitue pas une solution pédagogique en soi. Son intérêt dépend des usages qui en sont faits et de sa capacité à soutenir les mécanismes fondamentaux de l’apprentissage, notamment la curiosité, l’engagement cognitif et l’autorégulation.
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