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Un article récent annonce la fin des « guerres de la lecture » (Castles, Rastles et Nation, 2018). Il existe aujourd’hui une véritable science de la lecture. Comprendre par quels mécanismes nous apprenons à lire peut nous aider à mieux l’enseigner.

Comment apprend-on à lire ?

Apprendre à lire consiste à accéder, par la vision, aux aires cérébrales du langage parlé. Il faut pour ce faire apprendre le code d’entrée : l’alphabet et les correspondances lettres-sons (graphème-phonème) – en quelques mois de CP.

« La lecture est un code pour le langage orale ! » (Alvin Liberman)

Les plus petites unités sonores du langage parlé, les « phonèmes », sont transcrites par une ou plusieurs lettres : les « graphèmes » (le U de pur, le OU de pour). Pour lire, il faut donc apprendre à déchiffrer les graphèmes pour comprendre quels phonèmes ils représentent – autrement dit, apprendre le décodage.

En savoir plus sur la science de la lecture : la conférence de Johannes Ziegler La psychologie de l’apprentissage de la lecture ou encore les les deux synthèses du CSEN sur l’apprentissage de la lecture (1ers chapitres) : Apprendre à lire et Pédagogies et manuels pour l’apprentissage de la lecture.

Comment l’enseigner efficacement ?

Commencer par le décodage est essentiel

Le décodage doit d’abord être enseigné de façon explicite, systématique et intensive : 2 à 3 correspondances graphème-phonème par semaine, en commençant par les plus régulières et les plus fréquentes.

Pour faciliter cet apprentissage, il est préférable de ne pas présenter dès la rentrée aux élèves des textes entiers dont il faut deviner des mots, des contre-exemples (ex. : le u de lundi), ou encore de leur demander de repérer le contour d’un mot. De même, la plupart des « mots outils » sont réguliers. Il est donc préférable de les introduire au fur et à mesure de l’apprentissage des correspondances graphème-phonème correspondantes.

Cet apprentissage explicite, avec l’enseignant, va rapidement basculer vers un autoapprentissage, sans l’enseignant. Il est primordial de multiplier les opportunités de décodage autonome (mots isolés, phrases, histoires…) afin que le même mot soit rencontré dans différents contextes.

Le 3ème chapitre de la synthèse du CSEN Apprendre à lire propose une progression à suivre.

Enseigner également la compréhension

Il n’y a aucune raison d’opposer décodage et compréhension. L’entrainement au décodage améliore généralement aussi la compréhension.

Le modèle approprié est multiplicatif : compréhension écrite = décodage X compréhension orale.

Les échelles temporelles sont différentes : on doit mener dès la maternelle (à l’oral) et pendant toute la scolarité (à l’écrit), une réflexion sur le sens des phrases et des textes, tandis que le décodage doit être enseigné en début de CP, sur une période bien plus courte.

Sketchnote du Passeur n°4

Les recommandations pour le pilotage

 

L’enquête Formalect (Jérôme Deauvieau et Paul Gioia) réalisée en France en 2021 auprès d’un vaste échantillon représentatif des classes de CP, a permis de constater que :

  • la méthode phonique stricte – enseignement du code de correspondances graphèmes-phonèmes sans aucune activité annexe de mémorisation ou reconnaissance globale de mots non décodables – est plus efficace que les méthodes mixtes
  • cette dernière est actuellement très peu mise en œuvre dans les classes.

 

Les marges de progression du système éducatif en matière d’enseignement de la lecture sont donc très importantes. Nous proposons de :

  • mieux encadrer le choix des manuels d’enseignement de la lecture
  • et mieux accompagner les enseignants dans la mise en place de gestes professionnels plus efficaces en matière d’enseignement de la lecture. Le CSEN recommande un investissement conséquent dans la formation initiale et continue des enseignants.

 

Note d'alerte du CSEN : De nouveaux signaux d’alerte sur l’enseignement de la lecture en CP

Pour aller plus loin

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