Fred Courant
Stable, mais avec une marge de progression. C'est en résumé le résultat de l'enquête internationale PISA de 2018 sur le score moyen des élèves français en compréhension écrite. Et cette analyse se vérifie en classe, car il n'est pas rare de voir certains élèves au collège ou au lycée avec de grosses difficultés pour lire et comprendre un énoncé.
Alors, difficile de savoir exactement d'où provient le problème. Pour certains, cela relève de facteurs sociologiques et pour d'autres cela remonte à l'apprentissage de la lecture.
Alors, comment apprendre à lire efficacement dès le plus jeune âge ? Comment notre origine sociale influence cet apprentissage ? Et que nous apprend la recherche scientifique sur ce sujet ? C'est ce que vous allez découvrir.
Enseignante en classe
Fred Courant
Contrairement au langage oral, qu'on acquiert naturellement, la maîtrise du langage écrit demande un apprentissage scolaire explicite. Cet apprentissage repose notamment sur ce que l'on appelle le décodage.
Liliane Sprenger-Charolles
Le décodage, c'est un principe relativement économique, parce qu'avec un tout petit nombre de règles, on peut lire une multitude de mots.
Il faut prendre conscience aux enfants que l'unité de l'écrit n'est pas la lettre, mais le graphème, qui peut avoir une ou plusieurs lettres.
Dans le mot « balle », il faut associer la lettre B au son B et la lettre A au son A suivi du L.
Fred Courant
Mais apprendre à décoder, ce n'est pas aussi simple, car le français possède beaucoup de spécificités et d'irrégularités. L'apprentissage du décodage doit donc se dérouler en plusieurs temps.
Liliane Sprenger-Charolles
C'est un sujet qui va être dirigé par le maître, dans lequel nous apprends les correspondances les plus fréquentes et les plus régulières, comme les différences deux « U » en français.
Et dans un second temps, il va y mettre en place ce qui dépend de régularité, comme les deux G de « garage », qui ne se prononcent pas de la même façon, ils en ont deux mêmes pour le C.
Et ensuite, un troisième temps, ce sont tous les mots qui ont une correspondance irrégulière, sauf que certains d'entre eux doivent être introduits très tôt.
Mais ceux qui sont très fréquents, comme les noms de chiffres « sept », « septembre », sans ces petits mots, il est impossible de faire des énoncés qui soient intéressants.
Fred Courant
Progressivement, l'apprentissage dirigé par l'enseignant va se transformer en auto-apprentissage. Autrement dit, l'élève va se débrouiller tout seul pour trouver de nouvelles règles quand il sera confronté à de nouveaux mots.
Mais attention ! Le décodage seul n'est pas suffisant pour maîtriser correctement la compréhension écrite.
Liliane Sprenger-Charolles
La compréhension écrite dépend de deux principaux facteurs : le niveau de compréhension orale et le niveau de décodage. Ainsi, un enfant qui a un bon niveau de compréhension orale, mais qui ne sait pas décoder, ne comprendra pas ce qu'il dit.
Et il en est de même, pour un enfant qui sait parfaitement décoder, mais qui ne comprend pas du tout la langue orale, son niveau de compréhension écrite sera nul.
C'est pour cette raison qu'au début de l'apprentissage, on différencie bien deux populations. Les enfants qui ne comprennent pas parce qu'ils ont un problème de décodage, et avec eux il faut continuer à travailler le décodage, et ceux qui ne comprennent pas parce qu'ils ne parlent pas la langue de l'école ou parce qu'ils ont des troubles spécifiques du langage oral.
Fred Courant
Là encore, travailler la compréhension écrite ou orale n'est pas une chose facile. Il existe plusieurs difficultés.
Par exemple, dans une phrase, un bouchon peut faire référence à un bouchon d'une bouteille ou à un embouteillage. Une tomate est un fruit en science naturelle, mais un légume à la cantine.
Autre exemple, si Pierre rejoint sa table habituelle et que la serveuse lui apporte la carte, on se doute qu'il est au restaurant et pas dans un self-service. L'élève doit donc faire appel à sa mémoire, ses connaissances générales, pour déduire des informations qui ne sont pas présentes dans le texte. Et ça, eh bien, ça se travaille.
Liliane Sprenger-Charolles
D'abord, tant que les élèves ne savent pas lire, donc en maternelle ou en début de CP, c'est à travers des histoires lues par le maître que la compréhension va se travailler.
Pourquoi des histoires ? Parce qu'elles permettent de répondre à des questions faciles. Qui ? Et quoi ? Comment ? Pourquoi ? Où ? Et est-ce qu'on peut en tirer ? Ensuite, il faudra travailler à des niveaux autres que le texte.
Le mot, le niveau de vocabulaire qui est important, la phrase, la syntaxe, les différents niveaux de complexité syntaxique.
Par exemple, les phrases actives, les phrases passives, les phrases interrogatives, les phrases négatives, les phrases en qui, les phrases en que. Voilà différents aspects qu'on peut travailler sur la compréhension, donc du texte, à la phrase, et au mot.
Fred Courant :
On ne le rappellera jamais assez, un apprentissage structuré et guidé du décodage et de la compréhension est essentiel dès le début. D'autant plus que les élèves n'ont pas tous le même bagage en arrivant à l'école.
Liliane Sprenger-Charolles :
Les bons, quand ils arrivent avec un bon bagage qui correspond aux exigences scolaires et à la langue parlée à l'école, ils vont s’enrichir.
Alors que ceux qui arrivent avec un langage différent, ils vont être bloqués quand on va commencer l'apprentissage de la lecture et ce blocage va perdurer et s'accentuer au fil des années.
Fred Courant
Voilà, c'est la fin de notre leçon sur l'apprentissage de la lecture. Et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à consulter les références à la fin de cette vidéo.
Quant à moi, je vous dis à très vite et bonne lecture ! Ciao !