- Pour comprendre la langue écrite, il faut maitriser la langue orale et le décodage
Dans notre écriture alphabétique, les plus petites unités sonores du langage parlé, les « phonèmes », sont transcrites par une ou plusieurs lettres, les graphèmes (par exemple, le U de pur, le OU de pour). Pour lire, il faut donc apprendre à décrypter les graphèmes pour les transformer en phonèmes : autrement dit, apprendre le décodage (qu’on appelle aussi le B-A-BA). Ce sont les capacités de décodage et de compréhension de la langue orale qui, ensemble, expliquent la capacité des élèves à comprendre ce qu’ils lisent. Les deux sont indispensables :
-
- Un faible niveau de décodage entraine une faible compréhension écrite, même si la compréhension orale est bonne ;
- Un faible niveau de compréhension orale entraine aussi un faible niveau de compréhension écrite, même si le niveau de décodage est bon.
- Commencer par le décodage est crucial
L’apprentissage d’un tout petit nombre de correspondances graphème-phonème permet à l’élève de lire des milliers de mots, parce que leur prononciation et leur sens sont déjà stockés dans sa mémoire. Chaque décodage réussi active la forme sonore et le sens des mots connus, ce qui permet l’instauration d’une représentation orthographique qui sera renforcée par les répétitions. Apprendre des mots par cœur sans en maitriser le décodage serait comme apprendre par cœur un annuaire téléphonique. Cela ne peut fonctionner que pour un petit nombre de mots, pas pour des milliers.
Le décodage doit d’abord être enseigné de façon explicite, systématique et intensive : 2 à 3 correspondances graphèmes-phonèmes par semaine, en commençant par les plus régulières et les plus fréquentes. Tout doit être bien expliqué aux élèves : par exemple, que l’on doit commencer par la gauche du mot, tout au moins en français, et que chaque lettre ou groupe de lettres (les graphèmes) correspondent le plus souvent à un son (les phonèmes).
Dans un second temps, il faudra aborder les principales difficultés de l’orthographe du français, celles qui s’expliquent par des règles contextuelles (comme la prononciation des graphèmes C et G) ou par la morphologie. C’est dans ce dernier domaine que l’écrit se différencie fortement de l’oral en français, la plupart de ces marques étant muettes à l’oral : par exemple, les marques lexicales de dérivation (le D de bavard) et les marques grammaticales du genre et du nombre (ami, amiE, amiS, amiES).
Cet apprentissage explicite, avec le maitre, va rapidement basculer vers un apprentissage implicite, sans le maitre – un auto-apprentissage qui permet à l’élève de renforcer les règles apprises et d’en inférer de nouvelles lorsqu’il rencontre de nouveaux mots ayant des correspondances graphème-phonème atypiques, comme le S entre deux voyelles des mots parasol et asocial, qui ne se lit pas comme la plupart des S dans ce contexte.
- Comprendre ce qui est lu, c’est établir des liens entre des mots et des phrases
Apprendre à décoder les mots, cela peut aller vite : moins d’une année de CP. Apprendre à comprendre, cela s’étale sur des années – d’abord à l’oral, ensuite à l’écrit. En effet, la compréhension repose sur des capacités linguistiques (au niveau du mot, de la phrase et du texte), mais aussi non-linguistiques (mémoire, attention, motivation). Ainsi, pour comprendre le début de l’histoire suivante :
« Pierre a rejoint sa table habituelle, la serveuse lui a apporté la carte et un verre de son cru préféré. Après avoir passé la commande, il a… »,
il n’est pas utile de préciser où se passe cette scène. Le lecteur peut l’inférer sur la base de ses souvenirs de ce qui se passe normalement dans un restaurant. De même un enfant qui ne connait pas le mot cru pourra en déduire qu’il s’agit d’une boisson puisqu’il est question d’un verre. Ces liens peuvent s’établir grâce à certains petits mots cruciaux : par exemple, ceux qui relient des mots, les anaphores (Pierre versus lui, il, sa, son…) ou des énoncés : les marques de relations temporelles ou spatiales (avant/après… ; sur/sous…), celles d’addition (et…) ou de causalité (car, parce que…).
- Rôle du vocabulaire dans l’apprentissage de la lecture
Un niveau crucial pour la compréhension, en plus de la phrase et du texte, est celui du mot pour plusieurs raisons : D’une part, le niveau de vocabulaire a un rôle clé dans la compréhension de la langue orale.
D’autre part, il facilite l’entrée dans l’écrit (la mise en place du décodage des mots). Enfin, c’est une des principales compétences qui différencie fortement les enfants selon leur milieu socio-économique d’origine à l’entrée à l’école.
- Quelques idées pour travailler la compréhension avec des apprenti-lecteurs
Avec des élèves qui ne savent pas encore lire (maternelle, début de CP), la compréhension peut déjà être travaillée à partir de récits lus par l’enseignant. Cela permet d’interagir avec les élèves en leur posant des questions sur qui fait quoi, quand, où, comment, pourquoi…Autre moyen pédagogique : la dictée à l’adulte. Elle permet aux élèves de produire un texte écrit alors qu’ils ne peuvent pas l’écrire seuls. Un des principaux objectifs : faire comprendre les règles auxquelles l’écrit obéit.
- Intérêt des évaluations nationales de CP-CE1
Ces évaluations incluent de nombreuses épreuves qui permettent de prédire la réussite ou l’échec des élèves dans les principaux domaines impliqués dans l’apprentissage de la lecture. Elles ont pour but de donner aux enseignants une photographie précise des compétences des élèves et des hypothèses éclairées sur l’origine des difficultés éprouvées par certains d’entre eux et, par là des possibilités d’intervention. Ce dernier aspect mériterait d’être développé.