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Qu’est-ce que l’enseignement explicite ? Émilie Decrombecque et Jérôme Hubert, enseignants au collège, proposent une vidéo pour mieux le comprendre.

La vidéo complète

Clé 1 : Une conception active du rôle de l’enseignant

L’enseignement explicite est un enseignement structuré, où l’activité de l’enseignant a pour but de favoriser, par des explications claires, des démonstrations et une pratique guidée, un engagement actif des élèves et une meilleure compréhension de l’objet d’apprentissage. 

C’est un enseignement qui a fait les preuves de son efficacité sur le plan scientifique.

 

Clé 2 : Une réflexion sur le contenu à enseigner et son découpage

L’enseignement explicite repose sur l’idée qu’il faut partir du simple pour aller vers le complexe. Il s’agit de repérer préalablement les étapes nécessaires à l’acquisition d’une notion en déterminant quelles sont les différentes habiletés impliquées. La compétence ou le savoir à acquérir sont divisés en sous-unités qui seront enseignées spécifiquement.

Par exemple, répondre à des questions de compréhension de texte est une activité complexe qui suppose un grand nombre de connaissances pertinentes et de stratégies efficaces, parfois très implicites.

Arthur : C’est trop dur, j’comprends rien.

Si on ne les a pas, les sources d’erreurs sont multiples et on ne peut pas contrôler sa pensée et sa démarche. Pour cela, il faut enseigner explicitement ces connaissances et stratégies.

Les difficultés de compréhension de texte ne tiennent pas qu’à des difficultés de lecture à proprement parler, elles sont aussi liées à la compréhension des consignes et aux stratégies à mettre en place pour y répondre, il va donc falloir enseigner explicitement des sous-unités de cette compétence afin qu’elles soient plus facilement accessibles par les élèves : identifier et comprendre le mot interrogatif, identifier et comprendre les mots clés, etc. Voyons ce que cela donnerait pour apprendre aux élèves à identifier et comprendre des mots interrogatifs en vue de répondre à des questions de compréhension.

 

Clé 3 : Une manière de structurer les séances d’enseignement

On peut distinguer cinq grandes phases.

 

1- Ouverture de la séance (3-5 min)

Tout d’abord, l’enseignant précise aux élèves l’objectif de la séance afin qu’ils puissent maintenir un but précis en mémoire et focaliser leur attention sur les notions essentielles de l’apprentissage à réaliser.

 

Enseignante : Pour réussir à répondre à des questions de compréhension de textes, nous allons tout d’abord apprendre à identifier et comprendre les mots interrogatifs.

 

Puis, l’enseignant réactive les informations liées en mémoire à long terme en interrogeant les élèves sur les connaissances préalables pertinentes.

 

Enseignante : Qui peut me rappeler quels sont les principaux mots interrogatifs ? Thaïs ?

Thaïs : Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? 

Enseignante : Oui, c’est très bien.

 

2- Modelage : “L’enseignant fait.” (env. 10 min)

L’enseignant réalise une tâche devant les élèves tout en décrivant ce qu’il fait pendant qu’il le fait «en mettant une haut-parleur sur sa pensée» afin de transmettre des stratégies de résolution mais aussi d’évaluation de sa progression. Il fait généralement pour cela une utilisation privilégiée des exemples résolus.

 

Enseignante : Souvent après la lecture d’un texte ou dans l’énoncé d’un exercice, on vous demande de retrouver une information, mais parfois, on a des difficultés à comprendre ce qu’on doit chercher pour répondre. Par exemple, après la lecture d’un texte sur l’Everest on me pose la question « Combien d’alpinistes ont gravi l’Everest ? », je vais commencer par me demander ce que je dois chercher. Pour savoir ce que je dois chercher, je relis la question et je vois qu’elle commence par « combien ». Si la question commence par combien, c’est que je dois chercher un nombre, une quantité. Il va donc falloir que je relise le texte à la recherche d’une quantité ou d’un nombre. Si la question est « Où se situe l’Everest, » que dois-je chercher ? Paul ?

Paul : Je dois chercher un lieu, un endroit.

Enseignante : Très bien. Comment sait-on que l’on doit chercher un lieu ? Oui, Swann ?

Swann : Parce que la question commence par “Où”.

Enseignante : C’est juste. Donc pour savoir ce qu’on cherche, il faut identifier le mot qui porte le questionnement, par exemple, combien, où, quand, pourquoi…pour savoir ce que l’on doit chercher comme type d’informations, un chiffre, un lieu, un moment, une cause…

 

3- Pratique guidée : “L’élève fait avec le soutien de l’enseignant” (env. 10-15 min)

Le but de cette phase est que les élèves progressent dans la compréhension de l’objet d’étude.

L’enseignant propose alors une pratique collective en sollicitant l’engagement des élèves tout en étant en interaction avec eux. Les formes peuvent être variées (oral, brouillon, ardoise, tableau, travail en binôme, etc.). 

 

Enseignante : Vous allez devoir entourer le mot interrogatif contenu dans ces questions et cocher la proposition de réponse qui indique le type d’information à trouver dans le texte.

Enseignante : Qui veut bien lire la première question ? Iris ?

Iris : “Qui utilise les fruits empoisonnés ?”

Enseignante : Quel est le mot interrogatif contenu dans cette question selon toi ?

Iris : Pour moi, le mot interrogatif est “Qui”.

Enseignante : Très bien. Par conséquent, quel type d’information devrez-vous trouver dans le texte ? Ysée ?

Ysée :  On nous demande donc d’indiquer un être donc un nom dans notre réponse, non ?

Enseignante : Antoine, pourquoi la solution proposée par Ysée est-elle bonne ?

Antoine : Quand il y a “qui”, c’est qu’il s’agit d’une personne, donc un nom oui.

Enseignante : C’est exactement ça.

 

Au cours de cette phase, l’enseignant dirige et accompagne fortement le travail. Il questionne constamment les élèves, fournit des feed-back systématiques, s’assure que les élèves maîtrisent progressivement la notion.

 

Enseignante : On passe à la question suivante. Lisa ?

Lisa : “Quand Gustave Eiffel a-t-il connu son premier succès ?” C’est avec la tour Eiffel, non ?

Arthur : Donc c’est un monument, on coche “lieu” ?

Enseignante : Regarde bien le mot interrogatif.

Arthur : Ah oui, c’est “Quand” donc il faut cocher “date”.

Enseignante : C’est juste.

 

4- Pratique autonome : “L’élève fait.” (env. 15-20 min)

Une fois le niveau de compréhension jugé satisfaisant, l’enseignant met les élèves en travail autonome

Dans cette phase, les élèves réalisent des exercices individuellement ou en groupe, sans l’aide de l’enseignant. La pratique autonome doit permettre aux élèves de vérifier leur propre niveau de compréhension et d’assurer une dose importante de pratique, qui améliorera la fluidité et favorisera l’automatisation. 

Enseignante : Vous allez maintenant refaire le même type d’exercice mais individuellement cette fois-ci.

Pendant ce temps, l’enseignant continue de superviser l’activité : il circule entre les tables et focalise les retours individuels auprès des élèves en difficulté. Cette phase se poursuit jusqu’à ce que les élèves acquièrent des automatismes.

Enseignante : Nous allons maintenant passer à la correction (affichage des réponses au tableau ?).

 

5- Clôture (env. 5-10 min)

L’enseignant synthétise, avec l’aide éventuelle des élèves, ce qu’il faut retenir, 

Enseignante : Nous avons vu aujourd’hui comment identifier et comprendre les mots interrogatifs d’une consigne. Vous pouvez maintenant compléter votre fiche synthèse : “Lorsqu’on me pose une question que je ne comprends pas bien, je commence par identifier le mot qui porte le questionnement pour savoir quel type d’informations je dois chercher”.

annonce de manière très brève la prochaine séance

Enseignante : Lors de la prochaine séance, nous verrons comment identifier les mots clés qui aident à savoir ce qu’il faut chercher de façon précise

et indique le travail à faire à la maison qui contribuera lui aussi à consolider les apprentissages et à favoriser l’automatisation. 

Enseignante : mais d’ici là, et pour consolider ce que nous avons vu aujourd’hui, vous devrez faire la suite des exercices.

 

L’enseignement explicite intègre, à travers l’ensemble de ses phases (rappel des notions antérieures, modelage, pratique guidée, pratique autonome et automatisation), la nécessité d’un surapprentissage qui va continuer à parfaire la compréhension, l’automatisation et la mémorisation à long terme.

Les contenus disciplinaires ne sont pas les seuls susceptibles de faire l’objet d’un enseignement explicite. Il est aussi important d’enseigner aux élèves de manière explicite comment apprendre, comment gérer leurs propres apprentissages, ce qui peut favoriser leur métacognition et leur autorégulation.

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