Présentation
Quel est le rôle de l’expérimentation dans le domaine éducatif ? Nombreux sont les pays à adopter le concept d’éducation fondée sur des preuves (evidence-based education), c’est-à-dire le fait de choisir les politiques éducatives en s’appuyant sur des données scientifiques solides. Mais quels types de données sont les plus à même d’aider les enseignants à comprendre les processus d’apprentissage et à choisir les meilleures pratiques éducatives, pour le plus grand bénéfice des élèves ? Au cours de ce colloque, il sera discuté du potentiel et des limites de l’utilisation de la méthode expérimentale pour évaluer et améliorer les choix éducatifs. Différentes approches seront abordées :
- Les études randomisées contrôlées (randomized controlled trials, RCT), qui permettent de comparer avec rigueur les progrès de deux groupes d’enfants en fonction de la stratégie pédagogique employée.
- Les grandes études statistiques nationales et internationales, qui fournissent une image détaillée des performances de milliers d’enfants et les analysent par des méthodes apparentées à celles de l’épidémiologie et de la sociologie.
- L’utilisation conjointe des méthodes de la psychologie expérimentale et de l’imagerie cérébrale, afin de comprendre les mécanismes de l’apprentissage et de mesurer les progrès des enfants.
- Le rôle de logiciels tels que le Graphogame ou La course aux nombres, à la fois pour diagnostiquer les différentes sources de difficultés en lecture ou en mathématiques, et pour proposer des remédiations sous forme de jeux.
L’objectif est de faciliter le partage, au sein de la communauté éducative française, d’un maximum d’idées et d’outils qui ont fait leurs preuves en France ou à l’étranger, et de promouvoir la notion d’éducation fondée sur des preuves.
Le programme détaillé
13 h 50 – Mot d’accueil – Stanislas Dehaene
14 h 00 – « Expérimentation scolaire : du laboratoire à la classe » – Marc Gurgand
Une partie importante des connaissances sur les mécanismes d’apprentissage et les démarches d’enseignement est construite à partir d’expériences de petite taille dans des environnements très contrôlés. Mais leur application dans le quotidien de la classe met en jeu un ensemble d’éléments de contexte : l’expérimentation en situation permet d’appréhender des mécanismes difficilement prévisibles a priori, en ayant un point de vue opératoire et qui révèle les effets des environnements sociaux. Ce propos sera illustré par des exemples issus d’expérimentations françaises ou étrangères.
14 h 30 – « Jouer à l’école pour développer le sens des nombres et de la géométrie » – Elizabeth Spelke
De nombreuses études en sciences cognitives et en neurosciences mettent en évidence des capacités à la base des mathématiques qui sont présentes à la naissance, qui fonctionnent toute la vie dans tous les coins du monde, et qui sont liées à l’apprentissage des mathématiques à l’école. Ces résultats, pourraient-ils fournir des moyens de rendre l’éducation en mathématiques plus efficace, surtout pour les enfants défavorisés ? Les recherches en laboratoire ne peuvent pas résoudre cette question, mais elle peut être abordée par des expériences dans les écoles. Elizabeth Spelke présentera une série d’expériences que nous avons faites dans les quartiers pauvres de Delhi. Celles-ci proposent aux enfants des jeux aux matériaux concrets, joués en groupes, qui exercent leurs intuitions du nombre et de la géométrie dans un contexte social. Deux expériences utilisent la méthode d’études randomisées contrôlées pour évaluer les effets de ces jeux, introduits auprès de petits groupes d’enfants en classes maternelles privées. Deux nouvelles expériences pilotes reformulent ces jeux comme activités complémentaires pour tous les élèves d’une classe de l’école publique, en grande section de maternelle ou en CP.
15 h 00 – « Comment généraliser une expérience réussie : l’exemple du soutien scolaire en Inde » – Esther Duflo
Cet exposé relatera les efforts nécessaires pour passer d’une expérience réussie sur une échelle moyenne à une politique qui puisse être acceptée et adoptée à grande échelle. Le cas suivi est celui de l’approche d’enseignement « au bon niveau » qui a montré son efficacité en Inde et dans nombreux autres pays en développement.
15 h 30 – « L’apport des grandes enquêtes internationales : principaux enseignements de PISA » – Éric Charbonnier
L’enquête PISA a maintenant plus de 15 ans d’existence et évalue les élèves de 15 ans dans plus de 70 pays du monde. Les résultats, publiés tous les 3 ans, montrent ainsi les progrès accomplis par chaque pays, en termes de qualité, équité et efficacité des services éducatifs. Ils permettent également de mieux comprendre comment des systèmes différents traitent des problèmes similaires, et ils peuvent contribuer à définir des cibles pertinentes en termes d’objectifs mesurables réalisés ailleurs dans le monde. Ainsi, l’enquête PISA va aider les décideurs et praticiens à découvrir les traits distinctifs de leur propre système éducatif ainsi que ses forces et ses faiblesses. En ce qui concerne la France, nombreux sont ceux qui furent déçus par les derniers résultats obtenus. Malgré un système éducatif parmi les plus réputés, et doté d’une longue et riche histoire, les acquis et les compétences des jeunes de 15 ans en compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences se situent juste autour de la moyenne des élèves du monde industrialisé. Quelles en sont les raisons ? Quels sont les principaux enseignements de PISA en France et au sein des pays de l’OCDE ?
16 h 00 Pause
16 h 20 – « Que nous disent les évaluations des élèves en France ? » Thierry Rocher
La France a développé depuis plusieurs décennies des dispositifs d’évaluations standardisées, afin de mesurer les acquis des élèves, au regard des attendus du système scolaire. Ce sont des dispositifs d’observation qui s’inscrivent dans le périmètre des grandes enquêtes statistiques réalisées par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique du ministère de l’Éducation nationale. Ils permettent d’objectiver l’état et l’évolution des acquis des élèves, en prenant appui sur un corpus méthodologique éprouvé dans les domaines de la mesure en éducation et de la psychométrie, ainsi que sur les résultats de la recherche en éducation. Au-delà des indicateurs statistiques, ces évaluations renseignent sur le produit même de l’éducation : elles peuvent ainsi interroger les processus d’apprentissage et éclairer les pratiques pédagogiques. Cette présentation vise à dresser un panorama des évaluations en cours en France et à fournir des illustrations de leur contribution au progrès des connaissances sur les acquisitions des élèves.
16 h 50 – « Apport de l’imagerie pour comprendre les mécanismes d’apprentissage chez l’enfant : la lecture en CP » – Ghislaine Dehaene-Lambertz
Nous apprenons avec notre cerveau et ce que nous apprenons transforme notre cerveau. La période de l’enfance et de l’adolescence est une période de changements rapides liés au calendrier de maturation hétérogène et prolongé des différentes régions cérébrales. Depuis toujours, l’école s’est appuyée sur cette période de plasticité importante qui favorise les apprentissages, afin d’enseigner les connaissances nécessaires au jeune humain pour être un adulte efficace dans sa société et sa culture. Grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale, nous pouvons désormais visualiser les régions cérébrales actives dans une tâche donnée et les modifications liées à l’âge et à l’apprentissage, et comprendre comment le cerveau des enfants, adolescents et adultes apprend. Comment l’école peut-elle tirer profit de ces connaissances pour, par exemple, l’apprentissage de la lecture ? En quoi connaître ces mécanismes permet à l’enseignant d’être plus efficace en classe ?
17 h 20 – « GraphoGame : conception et expérimentations en France et en Finlande » – Johannes Ziegler
Les outils numériques offrent aujourd’hui des solutions intéressantes de « première intention » au sein de l’école pour accompagner l’apprentissage de la lecture, notamment pour les processus, comme le décodage, dont la mise en place nécessite du temps supplémentaire, de la répétition massive et de la supervision individualisée. Johannes Ziegler reviendra sur l’adaptation du logiciel finlandais GraphoGame pour le français en prenant en compte les complexités de notre langue et l’élaboration d’une progression optimale.
17 h 50 – « Comment les logiciels pédagogiques peuvent-ils faciliter l’évaluation et l’entraînement à la lecture et au calcul ? » – Stanislas Dehaene
Les avancées récentes de la psychologie cognitive expérimentale ont conduit à proposer des tests simples qui évaluent les compétences et les progrès d’un enfant en lecture et en calcul mental. Stanislas Dehaene montrera comment ces idées peuvent être implémentées dans des logiciels sur tablette, afin d’atteindre deux objectifs :
- mesurer finement les performances des enfants en lecture et en mathématiques ;
- proposer des remédiations pédagogiques sous forme de jeux qui viennent en complément de l’école et permettent d’améliorer les performances des enfants.
18 h 20 – Conclusion générale par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer
Fin à 19 h 00
Les intervenants

Analyste à la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE
Diplômé d’un troisième cycle en économie et en statistique à l’université Paris-Dauphine, il est analyste à la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE depuis 1997. La division des indicateurs et analyses, dans laquelle il travaille, publie chaque année Regards sur l’éducation et tous les trois ans les résultats de l’étude Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Il participe activement à la communication avec les médias francophones sur les questions d’éducation. Éric Charbonnier a dirigé le programme des indicateurs des systèmes d’enseignement (INES) de l’OCDE qui fournit des données sur la performance des systèmes d’éducation des trente-six pays membres de l’OCDE et d’un ensemble de pays partenaires. Il travaille actuellement à l’élaboration de nouveaux indicateurs pour évaluer la qualité des systèmes d’accueil et d’éducation des jeunes enfants. Il anime le blog du journal Le Monde « L’Éducation déchiffrée ».
Professeur de sciences cognitives au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’éducation nationale
Stanislas Dehaene est ancien élève de l’École normale supérieure et docteur en psychologie cognitive. En septembre 2005, il a été nommé professeur au Collège de France, sur la chaire nouvellement créée de psychologie cognitive expérimentale, après avoir occupé pendant près de dix ans la fonction de directeur de recherches à l’Inserm. Ses recherches visent à élucider les bases cérébrales des opérations les plus fondamentales du cerveau humain : lecture, calcul, raisonnement, prise de conscience. Ses travaux ont été récompensés par plusieurs prix et subventions, dont le prix Louis D. de la Fondation de France (avec D. Le Bihan), le prix Jean-Louis-Signoret de la fondation IPSEN et la centennial fellowship de la fondation américaine McDonnell.
Directrice de recherche au CNRS et directrice du laboratoire d’imagerie cérébrale du développement à Neurospin
Également pédiatre, Ghislaine Dehaene-Lambertz et son équipe étudient le développement des fonctions cognitives chez les nourrissons et les enfants en utilisant des techniques d’imagerie cérébrale. L’objectif est de comprendre comment des fonctions cognitives complexes, telles que le langage, la musique, les mathématiques, etc. émergent dans le cerveau humain, grâce à une description détaillée de l’organisation structurale et fonctionnelle initiale du cerveau.
Elle a publié les premiers travaux utilisant des potentiels évoqués haute-densité (Nature, 1994), l’imagerie magnétique par résonance fonctionnelle (Science, 2002) ou la topographie optique (PNAS, 2003-2013) pour étudier l’acquisition du langage et les signatures neurales de la conscience chez le nourrisson (Science, 2013) et de la lecture chez le jeune enfant (Plos Biology, 2018).
Elle est lauréate de plusieurs prix nationaux et internationaux (prix Justine et Yves-Sergent en 2013, grand prix scientifique de la Fondation de France en 2015 et NRJ-Institut de France en 2016, médaille d’argent du CNRS en 2018).
Professeure d’économie au Massachusetts Institute of Technology
Elle est titulaire de la chaire Abdul Latif Jameel pour la lutte contre la pauvreté et l’économie du développement au département d’économie du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Elle est également cofondatrice et codirectrice du laboratoire d’action contre la pauvreté Abdul Latif Jameel (J-PAL).
À travers ses recherches, elle tente de comprendre la vie économique des pauvres, dans le but d’aider à concevoir et à évaluer les politiques et programmes sociaux. Elle a travaillé sur la santé, l’éducation, l’inclusion financière, l’environnement et la gouvernance.
Elle a reçu de nombreux prix et distinctions académiques dont la médaille John Bates Clark (2010). Elle a coécrit avec Abhijit Banerjee Repenser la pauvreté qui a été traduit en plus de dix-sept langues. Esther Duflo est rédactrice en chef de l’American Economic Review. Elle est membre du Conseil scientifique de l’éducation nationale, de l’Académie américaine nationale des sciences et membre correspondante de l’Académie britannique.
Directeur de recherche au CNRS, professeur d’économie à l’École d’économie de Paris (PSE) et à l’École normale supérieure‑PSL
Marc Gurgand est ancien élève de l’École normale supérieure et docteur en économie de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est directeur de recherche au CNRS et professeur à l’École d’économie de Paris (PSE) et à l’École normale supérieure-Paris sciences et lettres (ENS-PSL), où il dirige le master « Politiques publiques et développement ». Il est également directeur scientifique de J-PAL Europe et Research Fellow à l’IZA-Institute of Labor Economics. Il est membre du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) et membre du Comité scientifique en charge de l’évaluation de la Garantie jeunes. De 2009 à 2013, il a présidé le Conseil scientifique du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse.

Adjoint au sous-directeur des évaluations et de la performance scolaire, ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports (France)
Thierry Rocher est responsable du bureau de l’évaluation des élèves à la Direction de l’évaluation, de la performance et de la prospective (DEPP) du ministère de l’Éducation nationale. Statisticien de formation (INSEE), docteur en psychologie, il s’est spécialisé dans les domaines de la mesure en éducation et de la psychométrie. Thierry Rocher occupe également diverses fonctions dans le champ des comparaisons internationales : président de l’AEA-Europe (Association for Educational Assessment – Europe), représentant français à l’assemblée générale de l’IEA (International Association for the Evaluation of Educational Achievement) et au PISAGoverning Board.
Professeur de psychologie à l’université Harvard
Elle participe également aux travaux du Center for Brains, Minds, and Machines du Massachusetts Institute of Technology et a précédemment enseigné à l’université de Pennsylvanie et à l’université Cornell.
Ses recherches portent sur les sources des capacités cognitives spécifiques aux humains, telles que les capacités liées aux mathématiques, à la construction et l’utilisation de symboles, ainsi qu’au développement des classifications d’objets. Elle examine les sources de ces capacités à travers des études comportementales sur les nourrissons et les enfants en bas âges à travers les origines et le développement de leur compréhension du monde et les objets, les actions, les personnes, les lieux, les nombres et les formes géométriques qui les entourent.
Elle est aujourd’hui membre de l’Académie nationale américaine des sciences et de l’Académie américaine des arts et des sciences et appartient à l’équipe des chercheurs étrangers de l’Académie britannique. Elle est également membre du Conseil scientifique français de l’éducation nationale. Elle a reçu, entre autres, le prix Carvahlo-Heineken en sciences cognitives (2016), le prix de la National Academy of Sciences en sciences cognitives et psychologie (2014), le prix Jean-Nicod (2009), ainsi que des diplômes honorifiques des universités d’Umea (1993), Paris-Descartes (2007), d’Utrecht (2010) et de l’École pratique des hautes études (1999).
Directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire de psychologie cognitive à l’université d’Aix-Marseille
Docteur en neurosciences, il est également directeur adjoint du LaBex Brain and Language Research Institute et de l’Institut Convergences Language, Communication, and the Brain (BRLI). Il est membre du Conseil scientifique de l’éducation nationale.
Tout en travaillant sur les bases cérébrales de la lecture, le codage orthographique, le traitement des émotions lors de la lecture ou encore le traitement morphologique chez les enfants, Johannes Ziegler a consacré ses derniers travaux à l’étude de la dyslexie et de la modélisation de l’apprentissage de la lecture. Il mène actuellement une recherche à grande échelle sur l’efficacité du numérique comme outil pédagogique pour accompagner l’apprentissage de la lecture et des mathématiques à l’école primaire, notamment pour les enfants en difficultés d’apprentissage dans les zones d’éducation prioritaires (REP, REP+).
Les captations
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 1 Ouverture par Nelson Vallejo-Gomez et Jean-Michel Blanquer
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 2 Introduction par Stanislas Dehaene
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 3 Intervention de Marc Gurgand
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 4 Intervention d'Elizabeth Spelke
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 5 Intervention d'Esther Duflo
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 6 Intervention d'Éric Charbonnier
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 7 Intervention de Thierry Rocher
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 8 Intervention de Ghislaine Dehaene-Lambertz
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 9 Intervention de Johannes Ziegler
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 10 Intervention de Stanislas Dehaene
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018
Conférence internationale Rôle de l'expérimentation - 11 Conclusion par Jean-Marc Huart
Conférence internationale du CSEN du 1er février 2018


