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Fred Courant (C’est pas sorcier) et Ghislaine Dehaene-Lambertz, Directrice de recherche au CNRS et directrice du laboratoire de NeuroImagerie du Développement à Neurospin, nous livrent leurs explications sur l’acquisition du langage en maternelle…

La vidéo complète

Fred Courant
Choux, bijoux, cailloux, hiboux…
Hé ! Apprendre sa langue maternelle, en l'occurrence le français, c'est toute une aventure qui commence dès les premiers mois de la vie. Avant même de parler, dès 4 ou 6 mois, un enfant comprend ses premiers mots : son prénom, papa, maman ; et il enregistre tout un tas d'informations.
D'où l'intérêt et même la nécessité de parler aux enfants avec un vocabulaire varié et pas seulement avec des gazouillis. Ensuite, il va prononcer ses premiers mots, tranquille, puis, vers 2 ou 3 ans, là, les mots se bousculent, c'est l'emballement, l'explosion lexicale. L'apprentissage va alors se poursuivre en maternelle.

Regardez !

Enseignante :
Est-ce que quelqu'un peut me dire ce que nous avons appris la dernière fois sur l'histoire du denier de Compère lapin ? Oui ?

Enfant
On a appris qu'en fait, Compère lapin, à chaque fois qu'il demandait un denier, il disait « Pitié, par pitié, qui veut prêter un denier à un pauvre malandrin qui meurt de faim ? »

Enseignante
Exactement !

Ghislaine Deahene-Lambertz
Pour apprendre une langue, il faut être dans un bain de langage, il faut entendre cette langue. Cet apprentissage commence dès les premiers jours de vie, donc les parents doivent parler à leur bébé. Dans la première année, ils apprennent les sons de la langue, la mélodie de la langue, les accents sur les mots.

Quand vous parlez, vous allez utiliser des mots plus ou moins fréquents, des assemblées de sons plus ou moins fréquents, et le bébé va commencer à faire des statistiques sur sa langue, c'est-à-dire il va s'apercevoir que les mots en français peuvent commencer par « tre », comme dans « train », mais jamais par « kn », comme dans « knut ». « Knut », c'est un mot russe qui a été importé en français, il n'y a aucun autre mot français qui commence avec ce genre de consonne.
Donc, c'est vraiment en écoutant de la parole qu'il peut faire ses statistiques sur la langue. Le bébé est un statisticien et c'est essentiel pour apprendre sa langue maternelle.

L’enseignante échange avec ses élèves

En maternelle, un enfant apprend jusqu’à 20 nouveaux mots par jour. C’est énorme !

Anne-Sophie Choquet (enseignante)
On va utiliser des images comme celle-ci. On va demander aux enfants de nommer l'image, de répéter l'image, on veille beaucoup à l'articulation, à ce que le mot soit bien prononcé. Et on va construire du langage sur ce mot, c'est-à-dire qu'on va expliquer le mot et on va ajouter du langage sur ce mot, comme un nuage de mots.

Ensuite, on reprendra à plusieurs reprises les mots travaillés dans différentes activités, par exemple des devinettes, ou en salle de sport où on peut demander aux enfants de mimer les mots, ou avec des jeux comme un jeu de memory ou un jeu de loi sur ces mots, afin qu'ils réemploient, qu'ils réinvestissent au maximum ce vocabulaire pour le fixer au final.

Gâteau, râteau, bateau… La musicalité de la langue est aussi importante. Et un bon roupillon est ensuite nécessaire.

Ghislaine Dehaene-Lambertz
Le sommeil, que ce soit la sieste ou la nuit, permet à l'enfant de rentrer ses nouveaux mots dans son lexique et de pouvoir l'utiliser à bon escient ultérieurement. Donc il y a deux étapes.

La première étape qui est juste la première devinette, en quelque sorte, entre j'associe un son et un sens. Puis cette phase de stabilisation qui va rentrer dans une mémoire lexicale le nouveau mot que l'on vient de découvrir.

Les enfants échangent avec l’enseignante

Fred Courant
Les enfants sont d'une logique implacable. Même leurs erreurs sont logiques.
Ainsi, il ne faut pas s'étonner qu'un enfant dise « le navion » quand on vient de lui parler d'un avion en faisant la liaison entre « un » et « avion ». C'est normal.
De la même manière, très souvent, un enfant va dire « il a prendu » au lieu de dire « il a pris ». Mais c'est simplement parce que les participes passés sont plus fréquents sous cette forme. Il a rendu, il a vendu, il a attendu. Bref, un enfant ne se trompe donc jamais de façon fortuite.

Après, beaucoup d'idées reçues circulent, notamment sur Internet. Ainsi, certains pensent que les enfants ne comprennent pas la négation. C'est faux. Ils saisissent très tôt ce qu'ils peuvent faire et ce qu'ils ne peuvent pas faire.

Autre idée reçue, le bilinguisme provoquerait des retards dans le langage. C'est encore faux. Les enfants bilingues distinguent très vite les sons, la syntaxe et le vocabulaire qui sont différents d'une langue à l'autre. Dès le plus jeune âge, ils savent ainsi quelle langue utilise telle ou telle personne autour d'eux.

La seule chose finalement que tous les enfants ne comprennent pas avant leur 6 ans, c'est le second degré, l'ironie. Ainsi, si vous dites à un enfant « bravo, continue comme ça », d'un ton sarcastique, il est plus que probable que l'enfant va continuer à faire sa bêtise. Eh oui, très premier degré des enfants.


Les enfants échangent avec l’enseignante.

Mais parfois les mots ne sortent pas…

Ghislaine Dehaene-Lambertz
Un enfant qui a très peu de mots, un enfant qui ne produit pas des phrases de plus de deux mots ou un seul mot, un enfant qui, malgré toutes les sollicitations pour le faire parler, ne décolle pas après plusieurs semaines de classe, est un enfant qui doit alerter sa famille, qui doit alerter l'enseignant.
Quelles seraient les causes ? Eh bien, il y en a plusieurs, une surdité qui ne sont pas toujours détectées, un retard mental, un autisme et des troubles spécifiques de l'acquisition du langage oral.

Et parfois, le manque de vocabulaire a une origine sociale.

Ghislaine Dehaene-Lambertz
Dans tous les pays, on note une différence de niveau langagier entre les enfants de milieux favorisés et de milieux défavorisés.

Lors des évaluations nationales de CP sur la compréhension des mots, où la moyenne sur dix mots simples compris, la moyenne nationale est autour de 9-10, alors que dans certains milieux, comme dans les zones REP et REP+, on est plutôt autour de cinq à huit mots.
Donc on a déjà ce déficit important sur des mots qui devraient être connus par tout enfant qui a suivi l'école et à qui on a parlé normalement.

Anne-Sophie Choquet (enseignante)
On prend un temps en particulier avec eux où justement on va favoriser le tout petit groupe pour revoir ces mots, soit les travailler après, revenir sur ce qui a été fait en classe, soit leur donner un petit coup d'avance.

C'est-à-dire avant de faire le travail avec l'ensemble de la classe, on va prendre ce petit groupe d'élèves où on peut déjà commencer ce travail pour qu'une fois qu'on aborde ce thème ou cette histoire, ils soient en confiance, qu'ils se souviennent du travail fait avec la maîtresse dans ce petit groupe de manière un peu plus favorisée et leur donner plus d'assurance.

Fred Courant
Le niveau de vocabulaire acquis durant la petite enfance puis à la maternelle va être décisif dans l'apprentissage de la lecture en CP. Un enfant qui connaît beaucoup de mots apprendra plus facilement à lire et du coup, en lisant, il enrichira d'autant plus son vocabulaire. L'apprentissage du langage en maternelle est donc déterminant.

Mais jetez donc un œil sur les références qui accompagnent cette vidéo, vous en saurez beaucoup plus. Bon, ben le navion, il n'a pas prendu son envol, hein ? Ben non, il n'a pas pour vous.

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