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Cette conférence a été donnée par Camille Terrier, professeure d’économie à l’université Queen Mary à Londres, et Fanny Landaud, chargée de recherche en économie au CNRS et au Centre de recherche en économie et statistique (CREST) dans le cadre du cycle Apports de la recherche au service du pilotage des politiques publiques d’éducation, le 17 juin 2026. Ce cycle est proposé aux cadres de l’Education nationale par la Direction de l’Encadrement, en collaboration avec le CSEN et la DGESCO.

 

Résumé

Cette séance permettra d’interroger la confiance en soi à l’école, des inégalités aux leviers d’action

La séance débutera par un état des connaissances relatives à la confiance en soi et aux inégalités scolaires.

La « confiance en soi » recouvre plusieurs concepts distincts—sentiment d’efficacité personnelle, concept de soi académique, estime de soi—dont les liens avec la réussite scolaire diffèrent sensiblement. Cette introduction synthétise les principaux enseignements de la recherche internationale : comment ces dimensions se mesurent, dans quelle mesure elles prédisent les performances et les choix d’orientation, et comment elles varient selon le sexe et l’origine sociale.

Elle sera ensuite suivie d’une intervention de Fanny Landaud sur le rôle des interactions entre pairs dans l’intégration sociale et le développement des compétences socio-émotionnelles.

À partir d’une expérimentation randomisée menée dans 109 classes de CM1-CM2 en France (environ 2 400 élèves), ce travail étudie les effets d’une pédagogie d’apprentissage entre pairs sur les interactions en classe, les réseaux d’amitié et les compétences socio-émotionnelles des élèves. Les résultats montrent que l’adoption d’une plateforme favorisant l’apprentissage entre pairs augmente significativement le nombre et la diversité des interactions en classe, améliore l’intégration sociale et les compétences socio-émotionnels des élèves, avec des effets particulièrement marqués pour les élèves issus de milieux défavorisés.

 

Enfin, Camille Terrier présentera l’influence de la confiance en soi des lycéens et lycéennes sur leurs choix d’orientation.

Ce travail examine le rôle de la confiance en soi dans les choix d’orientation au lycée. À partir de données collectées auprès de plus de 2 000 lycéens en France, les auteurs mesurent la perception que les élèves ont de leur rang dans la distribution des notes. Les meilleures élèves, filles ou issus de milieux défavorisés, sous-estiment systématiquement leur niveau par rapport à leurs camarades masculins ou plus favorisés—et cette sous-estimation pèse sur leurs candidatures, à résultats scolaires pourtant comparables. L’étude teste ensuite les effets d’une intervention simple : informer les élèves de leur rang réel dans la distribution. Parmi les meilleurs lycéens et lycéennes, cette simple information suffit à réduire de 72% les inégalités de genre et de 95% les inégalités socioéconomiques d’accès aux filières les plus sélectives de l’enseignement supérieur en France.

 

Le replay de la conférence

Les supports de présentation à télécharger

Questions/réponses

Camille Terrier : Il y a probablement différents déterminants. Je dirais que l’un, ça pourrait être le manque de comparaison, le manque d’informations sur la performance des élèves, donné par les enseignants, mais qui peut aussi être des informations valorisantes qui viennent du milieu familial.

Plusieurs cercles qui peuvent influencer la perception de soi : Il y a le cercle familial, il y a le cercle des amis, il y a le cercle plus scolaire et celui des enseignants. Il est probable que dans le cercle familial, il y ait moins de retours positifs sur la performance des élèves dans les milieux sociaux défavorisés. L’environnement familial joue un rôle, en particulier quand il s’agit de l’origine sociale des élèves.

 

Fanny Landaud : Je n’ai pas d’études spécifiques en tête sur les liens entre pratiques de notation et origine sociale. Par contre, effectivement, je dirais qu’il y a d’une part la question des pratiques parentales. La confiance en soi, c’est vraiment quelque chose qui se construit, qui est non seulement basée sur les performances propres individuelles, mais qui se construit aussi dans la relation avec l’autre et de l’image que les autres nous renvoient de nous-mêmes. En ce sens, les pratiques parentales, et les différences de pratiques parentales d’un milieu social à l’autre, sont probablement un des facteurs qui peuvent expliquer ces différences de niveau de confiance en soi sur l’origine sociale.

 

D’autre part, on peut se poser la question des interactions avec les autres élèves. Dans une étude assez différente que j’ai menée dans le contexte norvégien, par exemple, on constate que les élèves, et en particulier ceux qui passent peu de temps à travailler chez eux, à faire leurs devoirs, sous-estiment complètement le temps que les autres passent également à faire leurs devoirs chez eux. Ils ont plutôt tendance à croire que c’est vraiment des capacités innées que les autres élèves ont, et qu’eux n’ont pas, qui font qu’ils réussissent bien, plutôt que le travail qu’eux-mêmes fournissent.

Quand on leur donne justement l’information sur le fait que non, vos camarades favorisés qui réussissent bien, c’est aussi parce qu’ils travaillent beaucoup chez eux, et bien ça change un peu leur perception de ce lien entre effort et réussite scolaire, et ça contribue aussi à ensuite changer leur pratique scolaire.

Donc je pense qu’il y a vraiment un peu ces questions d’interactions avec les parents, cette image que nous renvoient les parents, les interactions avec les autres élèves, images qu’on a des autres et des raisons de leur réussite, et les images que les autres nous renvoient de nous, qui sont des déterminants importants de la construction de la compréhension des élèves, et des différences qu’on peut observer en fonction de l’origine sociale.

Camille Terrier : En général, c’est assez difficile, les interventions à direction des parents sont nettement moins fréquentes que les interventions en milieu scolaire. Cela étant dit, ce qu’on sait, c’est que les interventions qui impliquent les parents, notamment les parents d’élèves d’origine sociale défavorisées, ont souvent un impact très fort parce que ce sont des parents qui sont parfois souvent un peu coupés des liens avec l’école.

Une intervention a notamment été évaluée par Marc Gurgand et des collègues de l’École d’économie de Paris, qui s’appelait « La mallette des parents », qui avait pour objectif d’avoir trois réunions par an pour réinsérer un peu les parents dans ce contexte scolaire.

L’un des résultats auxquels il s’intéressait, c’était au collège, était justement l’impact ou non sur la perception que les parents avaient de la réussite scolaire de leurs élèves. Est-ce qu’ils avaient en fait une perception plus réaliste de la réussite scolaire de leurs élèves ? Est-ce que ça les menait à faire des choix de lycées plus réalistes ?

Le résultat trouvé dans un premier temps qui était un peu surprenant, c’est qu’en fait, en réintégrant les parents dans l’institution scolaire, en leur parlant plus du niveau de leurs élèves, ils faisaient plus de choix de bac professionnel par rapport à des bacs généraux. Et cela, pour des élèves qui auraient eu des chances de succès très limitées en bac général, et pour qui il était beaucoup plus réaliste de se réorienter vers des bacs professionnels. C’est une idée pour une intervention spécifique qui était en collège.

Une collègue, Élise Huillery, qui a évalué l’effet d’Énergie Jeunes, un partenaire dont l’intervention sur les compétences socio-émotionnelles n’est pas à destination des parents directement.

 

Fanny Landaud : Comme il est difficile d’intervenir auprès des parents, il y a assez peu d’évaluation portant sur « quel type d’intervention serait susceptible d’atténuer les inégalités socio-économiques en termes de confiance en soi ».

 

Il me semble qu’effectivement une première chose déjà qui pourrait être intéressante, et qui à ma connaissance n’a pas été véritablement faite, ce serait de mesurer les niveaux de confiance des parents en les capacités de réussite de leurs enfants. Est-ce qu’il n’y a pas déjà des inégalités qui existent à ce niveau-là ? Et est-ce que des politiques d’une part d’information, mais aussi toutes les interventions de growth mindset, insistant sur le fait que la réussite scolaire, elle se construit, elle est malléable et est en fait à la portée de tous les élèves, pourraient être quelque chose d’intéressant ?

A ma connaissance en tout cas, je ne vois pas véritablement d’études sur ce sujet-là. Il y a effectivement la mallette des parents dont parlait Camille, c’est une intervention auprès des parents, et qui se distingue beaucoup dans la recherche en économie, justement parce qu’il y a très peu d’interventions auprès des parents, mais ça ne portait pas directement sur des questions de confiance.

Pour aller plus loin

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