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Fred Courant (C’est pas sorcier) et Pascal Huguet, directeur du Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive de l’université de Clermont-Auvergne, nous expliquent l’effet des stéréotypes de genre sur l’implication des filles dans les matières scientifiques.

La vidéo complète

Fred Courant
Oh là là, c'est vrai que c'est compliqué parfois les maths, c'est même un peu décourageant. Tiens d'ailleurs, on s'est aperçu qu'à partir du lycée, les filles sont moins nombreuses que les garçons à s'orienter vers des études scientifiques ou des écoles d'ingénieurs, et pourtant, ces filières préparent à des métiers d'avenir. Et ce n'est pas une histoire de niveau en maths, les garçons ne sont pas meilleurs que les filles.

En fait, c'est plus compliqué que ça, ça tient à ce que l'on appelle des stéréotypes de genre. Les stéréotypes, vous savez, ce sont des impressions, des croyances fondées sur des idées reçues. Et ces stéréotypes, entre garçons et filles, sont encore bien ancrés dans nos têtes, même si on n'en a pas toujours conscience.

Regardez plutôt.

Les stéréotypes de genre, tu connais ?

Ethan (lycéen)
Vaguement… C'est de faire une différenciation entre les garçons et les filles, plutôt, seulement par leur genre.

Evan (lycéen)
Il y a des filles qui sont plus douées pour quelque chose, ou les garçons sont plus doués pour d'autres choses. Je pense que c'est ça. Vraiment, pour moi, je pense que c'est quelque chose de faux.

Blandine (lycéenne)
Je pense que c'est une ineptie, en fait, enfin, c'est pas quelque chose qui est fondé, je pense.

Jade (lycéenne)
Je pense que c'est l'éducation qui fait ça, mais qu'au fur et à mesure du temps, les mentalités vont changer, mais c'est juste le temps que, nous, on devienne parent et qu'on le transmette à nos enfants.

Ethan (lycéen)
Je préférais que ce soit indifférencié, évidemment, mais bon, il faut travailler pour ça, je pense, dans la société en général.

Visiblement, ces lycéennes et lycéens n’ont pas de stéréotypes de genre… Et pourtant …

Pascal Huguet (directeur du laboratoire « Psychologie sociale et cognitive »)
Alors, malheureusement, cette histoire n'est pas terminée.

Nos lycéens du XXIe siècle sont encore très habités par ces stéréotypes, très fortement, puisque ces stéréotypes influencent 70% de secondes, de premières et de terminales dans la voie générale et dans la voie technologique.
Les lycéens sont assez convaincus qu'ils font leurs choix d'orientation de manière libre, responsable, autonome, et n'ont pas conscience de cette influence. L'influence de ces stéréotypes est repérable très tôt.

Au démarrage du CP, on ne voit pas de différence en mathématiques entre les garçons et les filles, mais cette différence émerge en milieu de CP et est confirmée, et donc encore un peu plus forte, en CE1.
Donc, il y a manifestement une influence qui s'installe très tôt. Il reste à comprendre par quel mécanisme exactement cette influence s'installe.

Il n'est pas impossible que les gestes pédagogiques des enseignants participent à cette différence, mais il reste beaucoup à faire. On doit travailler encore beaucoup pour comprendre comment ça marche.

Fred Courant
Pour prouver l'existence de ces stéréotypes de genre, des scientifiques ont fait une petite expérience avec des enfants d'une dizaine d'années.

Ils leur ont demandé de mémoriser cette figure géométrique, puis de la reproduire de tête. A une première classe, on a dit aux élèves qu'il s'agissait d'une épreuve de dessin. A une seconde classe, avec le même niveau scolaire, on leur a dit que c'était une épreuve de mathématiques.

Résultat, en dessin, les filles ont en moyenne de meilleurs résultats que les garçons. En maths, en revanche, ce sont les garçons qui obtiennent de meilleurs résultats que les filles, alors que c'est exactement la même épreuve.
Pour les scientifiques, cela montre que très tôt, les filles se sont persuadées qu'elles étaient moins fortes que les garçons en maths, d'où un blocage ou une motivation moins forte.

Et c'est bien sûr la même chose pour les garçons avec le dessin.

A ton avis, est-ce qu’il y a des différences de capacité en maths entre les filles et les garçons ?

Evan (lycéen)
Euh... non, je pense pas.

Blandine (lycéen)
Non, aucune.

Jade (lycéen)
Il y a des filles qui sont très bonnes et des garçons qui sont très bons, il n'y a pas de différence.


Ethan (lycéen)
Je pense que non. Après, c'est comment on travaille sur toute la matière, j'imagine aussi qu'il doit beaucoup jouer.
Et si elles sont peu encouragées pour travailler la matière, ça n'aide pas forcément.

Blandine (lycéen)
Je pense que c'est une question de formatage, un peu dès l'enfance, où les garçons sont plus poussés vers les sciences et les filles plus vers la littérature et les lettres.


Pascal Huguet (directeur du laboratoire « Psychologie sociale et cognitive »)
En performance scolaire équivalente, les filles ont tendance à s'auto-évaluer moins positivement que ne le font les garçons.

On sait qu'elles ont toutes les qualités requises, les compétences requises pour rejoindre les mathématiques, les filières scientifiques et techniques. Pour celles qui ont réussi dans ces domaines-là, elles sont nombreuses, avec parfois plus de mentions au baccalauréat que les garçons, plus de réussites d'une façon générale. Or, elles ne sont pas très nombreuses, comme on le sait, à rejoindre ces filières-là, avec même le drame de l'informatique et des sciences numériques, où les filles sont quasiment absentes, purement et simplement absentes de ces filières-là.
Or, nous sommes à l'heure de la transition numérique, qui bouleverse toutes les sphères de nos vies personnelles et professionnelles. On ne peut pas imaginer de fabriquer cette nouvelle société numérique sans les femmes, sans les filles.

Fred Courant
S'il y a davantage de garçons dans les cursus scientifiques, ce n'est donc pas parce qu'ils seraient naturellement plus doués en maths.

La biologie n'a rien à voir dans ces statistiques. Il s'agit bien d'une histoire de stéréotypes de genre. Alors, pour les combattre, plusieurs lycées font intervenir ponctuellement des jeunes femmes scientifiques dans les classes, des sortes de modèles auxquels les lycéens peuvent s'identifier.

Ce n'est bien sûr qu'un exemple, et si vous voulez en savoir davantage, je vous invite à consulter les références qui accompagnent cette vidéo.
Et si vous avez la bonne réponse à cette équation, n'hésitez pas, mettez-la dans les commentaires !

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