Fred Courant
Ah, écoutez un peu le dicton du jour : « quand on veut, on peut ».
Ben oui, sauf que souvent c'est un peu plus compliqué que ça. Beaucoup d'élèves, surtout issus de milieux défavorisés, n'ont pas une bonne perception de leurs propres capacités et sous-évaluent souvent leur chance de réussite.
Les sciences du comportement ont permis de comprendre que cet état d'esprit pouvait avoir un impact négatif sur les résultats scolaires et sur les aspirations des élèves.
Alors, pour bousculer ces croyances, des bénévoles de l'association Énergie Jeunes interviennent tous les ans dans des collèges de quartiers défavorisés et ça se passe comme ça… Regardez.
Intervenant Energie Jeunes
Bonjour à tous. Avant de démarrer, je tiens à remercier chaleureusement votre professeur ici présent. Merci monsieur de nous accueillir dans votre classe.
Nous on représente l'association Énergie Jaune.
Quelques questions pour commencer
Elève
Si il y avait une chose à améliorer dans cette classe, ça serait surtout participer davantage et poser des questions, être plus calme et attentif en cours, être plus respectueux les uns avec les autres, faire nos devoirs plus régulièrement.
Les élèves votent avec des cartons colorés à main levée.
Intervenant 2 Energie Jeunes :
Ah ouais, être plus calme et attentif.
Pas mal de vert, un peu de rouge. Bon maintenant, on regarde la vidéo ?
Intervenant 1 Energie Jeunes :
Ben voilà. C'est une bonne idée ça.
Vous avez envie de regarder une vidéo ? Ouais. On y va. Allez, c'est parti.
Ça s'appelle L'élève qui était aussi professeur. C'est une histoire vraie. Donc ça s'est vraiment passé et on va en reparler juste après.
Lecture de la vidéo en classe
« Quant à Georges, il devient un grand mathématicien. Il aime transmettre à des Jeunes la joie d'apprendre et de découvrir. Bien qu'issu d'une famille modeste, il devient même président de l'Université de la Sorbonne à Paris, qui est connue dans le monde entier. »
Elise Huillery :
Ce programme Énergie Jeunes, il nous a intéressés en tant que chercheurs parce que justement, il a pour objectif de redévelopper l'optimisme.
On observe qu'à niveau scolaire égal, donc pour des élèves qui sont objectivement exactement au même niveau de compétence, on observe qu'il y a un déficit d'ambition, notamment dans les choix d'orientation, dans les parcours scolaires, les choix d'études.
Et ce déficit d'ambition, ça on a pu l'étudier dans nos travaux de recherche, il vient d'un déficit de confiance en soi, donc d'optimisme par rapport aux chances de réussite.
C’est vrai pour les élèves d'origine défavorisée qui justement ont cet écart d'ambition par rapport aux élèves favorisés à notes égales. Ils se sentent moins performants, alors qu'ils ont les mêmes notes, ils se sentent moins capables de réussir, alors que si on regarde objectivement leurs chances de réussite, elles sont plus élevées que ce qu'ils anticipent.
Alors c'est pas de la bêtise, c'est pas du tout un manque d'intelligence, mais c'est que les enfants qui grandissent dans des milieux défavorisés n'ont pas d'exemple sur lequel reposer leur confiance finalement. Ils n'ont pas cette capacité de s'ancrer, de s'appuyer sur des exemples autour d'eux dans leur famille pour penser qu'ils sont capables de réussir.
Fred Courant
Certains élèves pensent qu'ils n'ont pas de talent et qu'ils ne sont pas intelligents, que tout cela est inné et que ça ne changera donc jamais. Les spécialistes parlent alors d'un état d'esprit fixiste.
En général, ces élèves se découragent aux moindres obstacles et abandonnent rapidement tous leurs efforts en considérant que c'est perdu d'avance. Et pourtant, il suffit souvent d'un petit déclic pour qu'ils comprennent que le talent et l'intelligence peuvent croître avec du travail et de l'entraînement. Et qu'un échec peut n'être que temporaire, avec un peu de persévérance, on peut le surmonter.
À partir du moment où ces élèves changent leur perception d'eux-mêmes, ils deviennent plus enthousiastes à l'idée d'apprendre. On parle alors d'état d'esprit de développement.
Intervenant 1 Energie Jeunes
Est-ce qu'il y en a parmi vous qui ont tendance à se décourager des fois ?
Oui. On va essayer de voir ce qu'on peut faire. On va faire un jeu. Vous êtes prêts pour faire un jeu ?
Elise Huillery
Ce qu'on se dit pour augmenter les effets, c'est que maintenant, il faut diffuser cette nouvelle approche, ce nouvel état d'esprit à l'intérieur du système scolaire via les professeurs.
C'est-à-dire que si les professeurs au quotidien ont cette attitude optimiste, cette attitude de réencourager les élèves, de leur faire développer un état d'esprit de développement justement, et pas fixe, peut-être que l'effet pourra être démultiplié.
Donc, faire rentrer cet état d'esprit de développement dans la formation des enseignants, la formation initiale et la formation continue, pour qu'au quotidien, les enseignants diffusent cet état d'esprit de développement auprès des élèves, nous semblerait justement la politique publique qui aurait le plus d'impact potentiel.
Intervenant 1 Energie Jeunes
Bravo, et c'est effectivement une bonne réponse. Bravo à vous.
Fred Courant
Concrètement, le programme d'Energie Jeunes modifie l'état d'esprit et donc aussi le comportement des élèves. On constate qu'il y a moins de retard, moins d'absentéisme et moins de sanctions disciplinaires. Et puis, il y a de meilleures notes, et oui, la moyenne générale augmente dans les classes.
Enfin, beaucoup de collégiens revoient à la hausse leurs aspirations et sont plus volontaires pour poursuivre leurs études. Alors, si vous voulez en savoir plus, et je vous le conseille, vous pouvez bien sûr consulter les références qui accompagnent cette vidéo.
Bon, un dernier petit dicton pour la route ? Ah ! « Le travail, c'est la santé ! » Oui, ben oui, mais enfin, pas trop non plus.