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Les trois années de maternelle sont une période cruciale pour l’apprentissage du langage. Le niveau de vocabulaire joue un rôle clé dans la compréhension orale et dans l’apprentissage de la lecture en CP. C’est la compétence qui différencie le plus fortement les enfants selon leur milieu socio-économique d’origine à l’entrée à l’école, et le retard des enfants les moins stimulés persiste souvent tout au long de la scolarité. La synthèse du CSEN tente d’aider les enseignants à comprendre ce qui se joue en maternelle et à adopter les gestes pédagogiques susceptibles de réduire les inégalités entre élèves.

Résumé

Les trois années de maternelle sont une période cruciale pour l’apprentissage du langage. Lorsqu’ils reçoivent une stimulation appropriée, les enfants de 3 à 6 ans apprennent entre 10 et 20 mots par jour. Le niveau de vocabulaire joue un rôle clé dans la compréhension orale et dans l’apprentissage de la lecture en CP. C’est la compétence qui différencie le plus fortement les enfants selon leur milieu socio-économique d’origine à l’entrée à l’école, et le retard des enfants les moins stimulés persiste souvent tout au long de la scolarité.

 

Afin d’aider les enseignants à comprendre ce qui se joue en maternelle, et à adopter des gestes pédagogiques susceptibles de réduire les inégalités entre les élèves, cette synthèse :

  • résume les connaissances de la recherche sur la spécificité du français, les grandes étapes d’acquisition du langage et les mécanismes d’apprentissage des mots
  • établit des principes d’efficacité et des recommandations sur les pratiques pédagogiques à privilégier, à partir d’une revue de littérature sur les interventions à l’école maternelle.

Les points à retenir

  • Parler une langue, c’est maîtriser, sans en avoir conscience, de nombreuses connaissances:
    • Les phonèmes : consonnes, voyelles et leurs combinaisons (CV, CCV, etc.)
    • Le vocabulaire, avec sa morphologie : racines, préfixes et suffixes
    • Les structures grammaticales : sujets, verbes, articles, prépositions, etc.

 

  • L’apprentissage du langage commence très tôt :

Dès les premiers mois de vie, les adultes doivent parler, parler à leurs enfants, car ceux-ci sont déjà engagés dans l’apprentissage des phonèmes, du vocabulaire et des structures de leur langue.

  • Pendant l’école maternelle, cet apprentissage se poursuit à grande vitesse :

Entre 10 et 20 mots par jour, avec cependant de grandes variations entre élèves dues notamment aux inégalités de stimulation langagière et intellectuelle en dehors de l’école. Le niveau du langage oral influence l’apprentissage ultérieur de la lecture.

  • La compréhension du langage précède sa production :

Ce n’est pas parce qu’un enfant ne parle pas encore bien qu’il ne bénéficie pas d’un langage oral riche et varié, bien au contraire.

  • Des échanges de qualité avec les adultes prédisent le niveau de langage des enfants.
  • Le langage ne sert pas qu’à interdire et donner des ordres mais à apprendre des choses nouvelles :

Pour certains enfants, cette évidence n’est pas présente dans leur vie quotidienne. La qualité des échanges à l’école peut/doit faire découvrir aux enfants la richesse « productive » du langage.

  • L’école maternelle doit permettre un bain de langage, avec des conversations nombreuses et diversifiées qui enrichissent le vocabulaire et les connaissances linguistiques des élèves.

Il ne faut pas se limiter dans l’utilisation de nouveaux mots. Plus le langage des adultes est riche, plus les enfants apprennent.

  • L’enfant doit avoir de bonnes représentations des sons de la langue pour pouvoir repérer correctement les mêmes formes sonores (mots) dans le flux de parole.

Le travail sur les sons de la langue à travers comptines, jeux d’intrus, etc. sert et le développement du langage oral et plus tard l’apprentissage de la lecture.

  • La lecture de livres à voix haute enrichit fortement ce bain de langage, car elle expose l’enfant à des concepts, un vocabulaire et des tournures grammaticales plus riches et plus variées.
  • Dès l’école maternelle, le vocabulaire enseigné doit couvrir tous les champs du savoir : nature, formes, métiers, histoire, sciences, autres cultures… et pas seulement les émotions et les mots du quotidien.
  • L’enseignant, et tous les adultes de l’entourage de l’enfant, doivent utiliser toutes les occasions de dialoguer avec les élèves : histoires, mais aussi comptage, constructions, comptines, activités motrices, etc.
  • Les questions ouvertes permettent à l’enfant d’élaborer sa pensée et d’utiliser les mots appris.
  • Pour aider les enfants à apprendre des mots nouveaux, les adultes doivent :
    • parler lentement, en articulant bien
    • répéter les mots dans des contextes différents, en y revenant plusieurs jours car le sommeil est crucial, pour permettre la mémorisation à long terme
    • illustrer le sens des mots par des images ou des gestes, et en les comparant avec d’autres mots (déguster, ce n’est pas pareil que manger)
    • contraster des mots qui se ressemblent sur le plan phonologique (ranger, langer, manger), car cela aide l’enfant à affiner ses représentations phonologiques
    • inciter les enfants à les réemployer dans des dialogues autour de livres et de jeux.
  • Pour les activités pédagogiques destinées à l’apprentissage de nouveaux mots :

Une méthode efficace consiste à travailler explicitement les mots nouveaux, à procéder à un vrai dialogue enseignant-élèves pendant la lecture du livre, puis à réutiliser (implicitement) ces mots dans de nouvelles activités. Ces activités doivent avoir des objectifs d’apprentissage définis précisément (par exemple, maitriser le vocabulaire des éléments d’une salle de bain ou jouer avec les rimes, ou encore découvrir les similarités dans les noms de métiers (meunier, infirmier, charcutier mais pas prunier ni cahier, etc.). Elles doivent être proposées de façon intense et répétée (par exemple, avec 5 sessions hebdomadaires d’une durée de 20 minutes chacune pour un thème donné). Plusieurs thèmes peuvent être abordés dans la semaine.

  • Si un enfant est en difficulté et le reste malgré plusieurs semaines d’attention et d’enseignement actif, il faut une consultation médicale pour en déterminer les causes et la prise en charge.

Le bilinguisme n’est pas une cause de retard de langage. Si l’enfant ne parle pas en classe, il est recommandé de vérifier avec sa famille si c‘est aussi le cas, ou non, à la maison dans sa langue première. Des phrases trop courtes (1 ou 2 mots) sans progression est un signe d’alerte dès 3 ans.

 

 

Télécharger les points à retenir

Ce texte a été coordonné par Ghislaine Dehaene-Lambertz, et rédigé par Liliane Sprenger-Charolles, Pascale Colé, Séverine Casalis, Stanislas Dehaene, Ranka Bijeljac-Babic et Ghislaine Dehaene-Lambertz.

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