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Fred Courant (C’est pas sorcier) et Franck Ramus, Directeur de recherche au CNRS & membre du Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique à l’ENS, nous livrent leurs explications sur la gestion des comportements perturbateurs en classe…

La vidéo complète

Fred Courant
Je ne sauterai pas sur le bureau du professeur, je ne sauterai pas.
C'est vrai que les punitions à l'école, ça ne laisse pas que des bons souvenirs. En même temps, tous les enseignants le savent, quand un ou deux élèves perturbent les cours, ce sont des heures et des heures d'apprentissage qui sont perdues pour tous les autres.

Alors, de temps en temps, il faut bien distribuer des punitions pour faire cesser les comportements négatifs et distribuer aussi des récompenses pour encourager les comportements positifs. Ça consiste un peu à manier le bâton et la carotte.
Bon, je vous rassure, il ne s'agit pas de taper sur les élèves, surtout que les sciences cognitives nous apprennent aujourd'hui que la carotte est beaucoup plus efficace, même avec les élèves les plus turbulents.

Autrement dit, mieux vaut encourager ce qu'il y a de positif dans le comportement d'un élève, plutôt que de se focaliser sur le côté négatif. Et puis en plus, la carotte, il paraît que ça rend aimable.

Franck Ramus
Un comportement peut ou pas se produire à certains moments en fonction d'événements qui vont être déclenchants. Et donc c'est important pour l'enseignant qui veut comprendre le comportement d'un élève, d'essayer de repérer ces événements déclenchants, ce qu'on appelle des antécédents, et aussi d'essayer de comprendre la fonction du comportement de l'élève.
Donc quand un élève fait une crise, par exemple, ou a un comportement perturbateur, qu'est-ce qui s'est passé immédiatement avant qui aurait pu déclencher ce comportement ? Est-ce que l'élève a subi une frustration importante ou une contrariété ? Ou est-ce qu'il avait un besoin d'exprimer quelque chose ou d'attirer l'attention sur lui ?

Ce sont des choses qui sont importantes à détecter, de manière à pouvoir éventuellement modifier ces événements qui déclenchent le comportement perturbateur.

L’enseignante s’adresse aux élèves qui sont agités.

Franck Ramus
Parmi les antécédents des comportements des élèves, en fait le principal c'est l'enseignant qui est dans la classe et qui fournit l'essentiel des stimulations.

Marina Milicevic, enseignante
Je vais essayer de verbaliser aux élèves calmement la consigne, je vais être plus sur des phrases positives, c'est-à-dire au lieu de dire arrête de parler, je vais demander plutôt est-ce que tu peux chuchoter, est-ce que tu peux suivre, est-ce que tu peux prendre ton stylo… Je vais être sur de la verbalisation positive de mes phrases, et pareil essayer d'être calme en classe.
A mes débuts, je criais énormément en classe, alors ça marche très bien à l'instant T, mais sur le long terme ça ne fonctionne absolument pas.

L'enseignante s'adresse à la classe.

Franck Ramus
Souvent les comportements perturbateurs existent et se maintiennent parce qu'ils reçoivent des conséquences positives.

Par exemple, une conséquence positive, c'est d'attirer l'attention des camarades sur soi par exemple en les faisant rire, et donc ça évidemment à chaque fois qu'un élève parvient à faire ça, ça renforce le comportement qui a fait rire les autres camarades.
Mais ça peut être aussi attirer l'attention de l'enseignant sur soi, ou parfois arriver à énerver l'enseignant, en soi aussi ça peut être un renforcement positif pour l'élève perturbateur. Et donc c'est pour ça que c'est important pour l'enseignant d'arriver à casser ce genre de lien, ce genre de conséquences positives, de manière à atténuer ce comportement de l'élève.

Fred Courant
Face à un élève qui a un comportement perturbateur, la solution pour les enseignants c'est souvent de punir. Sur le moment, les réprimandes, les critiques ou les sanctions plus importantes peuvent effectivement calmer l'élève. Mais à long terme, ces punitions à répétition se révèlent non seulement inefficaces, mais même contre-productives.

D'abord, recevoir sans arrêt des reproches, ce n'est pas très motivant. Et les élèves démotivés sont souvent plus dissipés que les autres. Ensuite, donner des heures de colle ou du travail supplémentaire, cela consiste quand même à dire à un élève que le travail scolaire est une punition. Derrière, non seulement il risque de détester son prof, mais aussi l'école en général.

Enfin, exclure de la classe un élève qui met le bazar, ça signifie qu'il va échapper, par exemple, à une heure de maths. Possible qu'il recommence la prochaine fois en augmentant même un peu le volume sonore.

De toute façon, au bout d'un moment, les élèves les plus difficiles s'habituent aux punitions, ça ne leur fait plus rien. Alors il faut des sanctions toujours plus fortes, et là, c'est l'escalade. Donc les punitions, même si elles sont parfois inévitables, ne peuvent pas être la seule réponse.

L'enseignante s'adresse à la classe

Franck Ramus
On ne va pas pouvoir compter que sur les punitions, et il va falloir opérer un renversement de perspective et se concentrer sur les comportements positifs, ceux qu'on veut voir émerger à la place du comportement perturbateur. Et donc ces comportements positifs, s'ils ne sont pas maîtrisés par l'élève, déjà il va falloir les enseigner explicitement. Puis dans tous les cas, il va falloir leur offrir des conséquences positives, donc renforcer ces comportements en les récompensant à chaque fois qu'ils se produisent, de manière à ce qu'ils se produisent de plus en plus fréquemment, et au fur et à mesure, s'ils se produisent de manière très fréquente, ils vont finir par remplacer le comportement perturbateur.

L’enseignante s’adresse à la classe pour donner un bon point au demi-groupe qui a été silencieux.

Marina Milicevic, enseignante
Il y a les récompenses collectives pour la classe entière, donc ça permet de fédérer un petit peu le groupe, de travailler sur quand on est en demi-groupe, favoriser le silence, l'autonomie, etc.

Et ensuite, pour les élèves qui vont avoir un comportement difficile, je vais travailler au cas par cas avec les enfants en question. Si c'est un enfant, cette année j'ai un enfant qui a énormément besoin de valorisation positive, et cette valorisation positive influe sur son bon comportement, et sa mise au travail aussi, ça a un impact sur les deux. Donc là je vais travailler sur la proximité, l'encouragement, les compliments, le féliciter quand il a bien fait son travail.

Franck Ramus
Pour les enseignants, finalement le plus difficile, c'est de contrer son biais de négativité. Notre attention est spontanément attirée par les événements négatifs, par les trains qui arrivent en retard, etc., et souvent on ne remarque pas les trains qui arrivent à l'heure et les choses qui se passent bien, et les bons comportements des élèves.

Donc on passe son temps à faire des remarques, des remontrances, et à punir les comportements perturbateurs, mais quand il y a un bon comportement qui se produit, on oublie de le valoriser. Et donc effectivement, pour les enseignants, ça va être important de déporter leur attention des comportements négatifs vers les comportements positifs, et de s'entraîner en quelque sorte à remarquer ce qui se passe bien.


Fred Courant
Alors évidemment, il ne s'agit pas de manipuler les élèves avec des récompenses, non non, seulement de les guider pour qu'ils adoptent un comportement plus approprié d'abord pour eux, et ensuite pour que les cours puissent se dérouler dans de bonnes conditions. Maintenant, si vous voulez en savoir plus, les références qui accompagnent cette vidéo vont vous intéresser.

Et ben voilà ! C'est quand même nettement mieux ça, comme punition !

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