Sur les nouvelles connaissances, compétences et pratiques pédagogiques à développer
En résumé, pour lutter contre le décrochage et les inégalités scolaires, et améliorer les résultats académiques de l’ensemble des élèves, il semble nécessaire en France de développer plus avant de pratiques pédagogiques fondées sur :
- L’état d’esprit progressiste, c’est-à-dire l’idée que tout élève peut progresser ;
- L’apprentissage coopératif et le travail en groupe, qui permettent de développer plus efficacement la coopération et la citoyenneté que des cours théoriques sur ces enjeux ;
- L’évaluation formative, fournissant un retour sur erreur positif, non décourageant, non stigmatisant, et sans mise en concurrence entre élèves ;
- Les pratiques d’enseignement qui facilitent l’engagement de l’élève dans l’apprentissage et la connaissance par l’élève de ses propres processus d’apprentissage.
Sur les formations des professeurs
Pour pouvoir atteindre ces nouveaux objectifs pédagogiques, les enseignants français doivent pouvoir bénéficier d’une formation initiale et continue plus substantielle. Nous proposons donc de :
- Réorganiser le référentiel de compétences, dans la lignée du rapport du CSEN, afin de rationnaliser la formation selon les domaines de compétence attendus des enseignants, et leurs différents niveaux de maîtrise, de manière synthétique et lisible. Un tel référentiel présenterait un double avantage :
- Servir de cadre à la structuration et à l’élaboration des contenus de la formation initiale et continue ;
- Lier la progression de l’enseignant dans les niveaux de maîtrise de chaque compétence avec le déroulement de sa carrière.
- Développer la formation initiale et continue concernant l’apprentissage des compétences socio-comportementales ;
- Favoriser la formation initiale et continue des professeurs sur les pratiques pédagogiques fondées sur les preuves, qu’il s’agisse des principes généraux de l’apprentissage, ou de la mise en œuvre d’approches pédagogiques propres à chaque discipline ;
- Mettre en place des formations fondées sur « l’apprentissage actif et collaboratif », avec un dispositif d’observation et de formation par les pairs, et le développement de formations en fonction d’objectifs partagés de l’établissement ;
- Mettre en place un système de valorisation de la formation continue avec des formations certifiantes, et intégrer ces accréditations en tant que critères dans la progression de carrière des enseignants ;
- Développer la recherche translationnelle, en créant une coordination de la recherche en éducation en lien avec le ministère pour irriguer notamment la formation et développer des communautés apprenantes.
Sur les conditions de travail et d’enseignement
Le bien-être et l’environnement de l’enseignant sont des facteurs essentiels de réussite du système scolaire. Plusieurs propositions peuvent être avancées pour les améliorer :
- Créer un « baromètre annuel du bien-être » des professeurs (par établissement, académie) comme levier de pilotage et d’évaluation des politiques éducatives ;
- Améliorer le dispositif d’accueil des nouveaux professeurs lors de leur prise de fonction (mentorat, soutien financier et matériel, progressivité de la charge de travail et de la difficulté des classes) ;
- Développer une culture collaborative dans l’enseignement (co-enseignements, participation à des activités conjointes, création de communautés apprenantes et réseaux de pairs) ;
- Développer des temps collectifs de réflexion sur un objectif commun au niveau de l’établissement par discipline ou transdisciplinaires (comme sur le développement des compétences socio-comportementales), et sur la formation ;
- Développer la complémentarité entre les apports de l’enseignant, les manuels et guides pédagogiques qui le soutiennent, et l’environnement numérique ;
- Permettre à toutes les classes de bénéficier de tablettes et de logiciels en nombre suffisant pour des activités de soutien aux élèves à besoins, à l’aide de logiciels qui respectent les piliers de l’apprentissage et qui ont été validés par la recherche ;
- Développer le bâti scolaire pour créer des espaces collaboratifs pour les élèves et les professeurs.
Sur les nouveaux modes de gouvernance
Au sein de l’OCDE, le système français se caractérise par une moindre collégialité et une moindre collaboration entre enseignants. Nous proposons de :
- Développer l’autonomie des établissements primaire et secondaire et le pilotage des directeurs/ chefs d’établissement sur les questions pédagogiques, de ressources humaines, et d’allocation des moyens ;
- Développer la culture collaborative au sein de l’établissement avec une participation renforcée des enseignants à la gestion de l’école et au projet pédagogique (en renforçant le rôle des coordinateurs pédagogiques) ;
- Développer l’auto-évaluation et l’évaluation des établissements autour d’objectifs partagés dans le cadre du Conseil d’évaluation de l’École ;
- Accompagner les professeurs avec un suivi renforcé de parcours de carrière des professeurs, une plus grande proximité des directeurs, et des temps collectifs plus réguliers ;
- Développer la mobilité de carrières des professeurs avec des positions intermédiaires de coordination pédagogique disciplinaires/transdisciplinaires ou des objectifs transverses ;
- Faciliter les parcours de mobilité inter-intra administration et public-privé ;
- Développer la reconnaissance et la valorisation des professeurs en favorisant la dimension collégiale (attribution multicritères d’une prime d’engagement, avec une composante collective sur des objectifs partagés de l’établissement et qui relève d’une décision collégiale multi-acteurs).