Voix off : Alors Fred, combien font 3 fois 4 ? Oh Fred !
Fred Courant : Douze ! Ah pardon, bonjour ! Avouez-le, on a tous déjà piqué un petit roupillon en classe. Certains piquent même du nez dès le lundi matin. C'est une situation bien connue des enseignants.
Et pour cause, un tiers des enfants et des adolescents ne dormiraient pas assez ou dormiraient mal. Pourtant, bien dormir, c'est essentiel pour bien grandir, pour renforcer son système immunitaire et puis pour bien apprendre.
Avant d'approfondir le sujet, je vous propose de découvrir une initiative originale mise en place dans une école élémentaire pour expliquer le sommeil aux enfants. C'est un programme pédagogique baptisé « Mémé Tonpyj ». Regardez !
Formatrice : Les élèves, fermez les yeux. Au signal de la musique, vous ouvrez, vous allez visionner la petite vidéo.
Son de la vidéo : Oh, comment ça marche ! Ah, bonjour les enfants !
Enseignant : Le programme est assez polyvalent sur tous les supports qu'il propose. On a des petites capsules vidéo, on a des bandes dessinées, on a quelques petits textes qui permettent aux élèves de s'approprier de différentes façons le contenu pédagogique qui est proposé.
Formatrice avec les élèves : Qui dit sommeil dit ? Morphée ! Oui Morphée. Qui dit sommeil dit aussi ? Train. Qui dit sommeil dit ? Dormir
Enseignant : Le programme est organisé sur huit séances. On va par exemple s'intéresser au cycle du sommeil, on va découvrir les besoins en sommeil, on va découvrir les spécificités des rêves, des cauchemars, donc différentes thématiques mais qui couvrent cette vue d'ensemble assez complète sur le sommeil. C'est ça qui nous a intéressés dans le projet « Mémé Tonpyj ».
Enseignant : Vous avez déjà tous vos brouillons. On les a rédigés en place. Et là, il va falloir mettre au propre.
Formatrice : Les enfants, à la base, en cycle 3, ils ont déjà des connaissances sur cette thématique du sommeil, mais ça reste assez vague. Et en fait, on constate que dès la première séance, ils sont interpellés sur une chose très importante qui sont les cycles du sommeil. Ces enfants sont assez interloqués de voir que le sommeil est structuré par différents stades et qu'un cycle du sommeil ne va pas durer 12 heures, mais va durer 2 heures et ce sont 2 heures qui vont se répéter.
Elève : Ici, c'est l'endormissement, quand on commence à s'endormir. Ici, c'est le sommeil lent, très léger. C'est quand on comprend ce qui se passe autour de nous. Et là, le sommeil paradoxal, c'est le train, le wagon à l'intermédiaire, quand on rêve. Après, on se réveille 10 minutes et un autre petit train recommence.
Formatrice : À chaque fois qu'on finit une séance, Mémé Tonpyj leur fourni un conseil. Ce conseil-là, ils doivent l'appliquer le soir. Et le lendemain matin, en classe, on en reparle. Et certains m'ont dit « Ah oui, mais je sais, c'est vrai que je suis surexcitée le soir. Du coup, je n'arrive pas à m'endormir. Donc maintenant, je ne fais plus les mêmes activités. Je ne bois plus de soda, je ne regarde plus les écrans. Et en effet, je fais le constat que je m'endors plus facilement.
Elèves : Du coup, toi Nina, tu as fait ce personnage. Moi, je fais celui-là. C'est ça ? Oui. Milo, par contre, il faudra vraiment que tu donnes le ton, tu vois.
Formatrice : Quel que soit le cycle, il faut se lancer dans cette connaissance du sommeil et interpeller les enfants sur cette thématique. Parce que c'est souvent des éléments qui vont nous permettre d'analyser au plus fin la difficulté d'attention et de concentration d'un élève dans un groupe classe.
Elèves : Oh oui ! Il faut vraiment que j'y aille partout. Je sais, je sais. Mais qu'est-ce que tu fais ici, toi ?
Fred Courant : Deux raisons principales expliquent l'importance du sommeil pour bien apprendre.
Tout d'abord, le sommeil aide les enfants à rester attentifs et concentrés en classe. En plus, il les aide à mémoriser durablement les connaissances apprises dans la journée. Il faut dire que même pendant le sommeil, notre cerveau reste actif, voire très actif.
Stéphanie Mazza : Nous réactivons pendant notre sommeil ce que nous avons appris dans la journée. Quand on apprend quelque chose, on va avoir comme un chemin qui va se créer au sein de notre cerveau. On appelle ça un réseau de neurones. Plus vous allez entraîner cet apprentissage, plus ce réseau va se consolider. Ce chemin va devenir une route, puis une autoroute qui sera plus facile de prendre. Il faut savoir que lorsque l'on dort, notre cerveau continue à travailler, ce qui va permettre de renforcer ce chemin. C'est pour cette raison que le matin, notre apprentissage sera plus facilement accessible.
Une fois que ces souvenirs sont consolidés grâce au sommeil, ils vont pouvoir être réactivés de manière plus automatique. Par exemple, dans la résolution de problèmes. Si on a consolidé nos tables de multiplication, on va pouvoir plus réfléchir sur la résolution du problème puisque les tables de multiplication arriveront de manière automatique.
Fred Courant : Le rôle du sommeil pour consolider les apprentissages est d'autant plus important que le cerveau des enfants est encore plastique. C'est-à-dire qu'il est capable de modifier sa structure en fonction des informations qu'il reçoit. En plus, au début de la nuit, les cycles de sommeil des enfants sont dominés par le sommeil profond, aussi appelé sommeil réparateur. Celui-ci joue un rôle essentiel dans le processus de mémorisation. Autrement dit, plus on se couche tôt et plus on a de chances de se remémorer une leçon apprise la veille. A l'inverse, sans une bonne nuit de sommeil, les conséquences se font sentir dès le lendemain matin.
Stéphanie Mazza : On va avoir des difficultés notamment d'attention pendant la journée. Chez l'enfant, c'est très important puisque l'attention va lui permettre de capter les informations essentielles, les informations à apprendre. On va avoir également un allongement des temps de réaction, par exemple. On peut aussi avoir des troubles de la mémoire, des difficultés à rechercher la bonne information ou à trouver le bon mot lorsqu'on s'exprime. On peut également avoir des troubles pour gérer son émotion. Quand on est en manque de sommeil, on va avoir plus de difficultés à trouver le bon comportement adapté à l'environnement.
Dans l'étude que nous avons menée, nous avons pu montrer qu'après quelques semaines d'éducation au sommeil, les enfants changeaient suffisamment leur comportement pour augmenter de 30 minutes leur temps de sommeil. Donc ça semble peu, 30 minutes, mais c'est suffisant pour augmenter également leurs compétences attentionnelles et leurs compétences cognitives.
Fred Courant : L'important, c'est de respecter notre rythme biologique et de dormir de manière régulière et suffisante tout au long de la semaine. Alors comment l'école peut-elle s'adapter aux besoins des enfants ?
Stéphanie Mazza : À partir du moment où ces enfants arrivent à l'école à l'âge de 3 ans, on sait que la plupart d'entre eux ont encore ce besoin de repos en début d'après-midi.
Le problème, c'est que cette sieste, elle va s'effacer progressivement et parfois à des âges très différents d'un enfant à un autre. Donc il va être difficile d'avoir une règle qui fera que toutes les siestes sont arrêtées, par exemple à l'entrée de la moyenne section. Il faut vraiment avoir une adaptation aux besoins physiologiques des enfants.
Pour les adolescents, il y a des études qui ont été faites dans des pays aux Etats-Unis ou dans les pays nordiques qui montrent que de décaler l'horaire de prise de cours chez les adolescents leur permettait d'allonger leur temps de sommeil et d'être plus adapté à leur rythme. Et ce changement d'horaire, en plus de leur faire gagner des heures de sommeil, augmentait leur performance scolaire et même leur bien-être.
Fred Courant : Bon, en résumé, un élève qui dort suffisamment est un élève qui reste concentré le jour et qui mémorise mieux les apprentissages la nuit.
Mais bien dormir, ça s'apprend. Alors les enseignants ont tout intérêt à sensibiliser les enfants à l'importance du sommeil, et cela dès le plus jeune âge. Bien entendu, le rôle du sommeil dans les apprentissages est une thématique bien plus vaste et complexe.
Alors si vous voulez en apprendre davantage, je vous invite à consulter les références qui accompagnent cette vidéo. Quant à moi, je crois que je vais mémoriser encore un peu.