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Loin d’être une compétence élitiste, la compréhension mathématique est mobilisée dans la vie de chacun pour les calculs de la vie quotidienne, la mesure des longueurs et des quantités, la lecture de graphiques, l’interprétation de toute donnée chiffrée, etc. La nouvelle synthèse du CSEN a pour objectif de favoriser l’appropriation par les élèves de notions essentielles et néanmoins difficiles, que sont les multiplications, les divisions et les fractions, dont une certaine maîtrise est essentielle tant pour les compétences générales évoquées ci-dessus que pour les apprentissages mathématiques ultérieurs.

Ce texte a été rédigé dans le cadre des travaux du groupe de travail «Pédagogies et manuels scolaires» du Conseil scientifique de l’éducation nationale par Emmanuel Sander, Monica Neagoy, Catherine Rivier, Calliste Scheibling-Sève, Gérard Sensevy et Catherine Thevenot.

Résumé

La compréhension mathématique est décisive pour le citoyen du 21e siècle, dans la sphère personnelle comme professionnelle. Elle intervient dans la lecture de graphiques et l’interprétation de statistiques tout comme dans la rigueur des raisonnements et l’exercice de l’esprit critique. Dans un contexte de résultats préoccupants aux évaluations nationales et internationales, tant pour le niveau en mathématiques que pour le poids de l’origine sociale, ce texte cible les structures multiplicatives se focalisant sur la multiplication, la division et les fractions. Moins étudiées que les structures additives, les structures multiplicatives font partie du socle des connaissances arithmétiques tout en constituant des prérequis au développement de compétences mathématiques ultérieures.

 

Ces connaissances sont de nature conceptuelles (les principes mathématiques en jeu) et procédurales (les algorithmes de résolution). Connaissances conceptuelles et procédurales, bien que distinctes, sont intriquées et se construisent ensemble. Ainsi, mettre en œuvre une stratégie de résolution dans des contextes  appropriés dépend de connaissances conceptuelles. Les connaissances conceptuelles des élèves s’appuient sur des intuitions initiales, issues d’expériences extra scolaires, avec lesquelles ils abordent les notions enseignées.

Ces conceptions intuitives ont l’intérêt majeur d’offrir un sens aux notions rencontrées et l’inconvénient d’être trompeuses dans certains contextes. Un enjeu crucial pour la progression des élèves est de prendre appui sur les conceptions intuitives pour rencontrer progressivement le sens mathématique.

 

Alors que les conceptions intuitives de la multiplication, de la division et des fractions sont respectivement l’addition itérée, le partage équitable et la structure bipartite composée du couple «numérateur, dénominateur», il s’agit de favoriser un nouveau codage des situations rencontrées par les élèves pour ouvrir la possibilité de développer une expertise adaptative conduisant à mobiliser la stratégie la plus appropriée au contexte rencontré, en s’appuyant sur les propriétés mathématiques. Des activités de comparaison entre situations avec le recours à des représentations figurées constituent des aides pour accompagner ce recodage et initier la perception de principes mathématiques occultés par les conceptions intuitives.

 

Ainsi, le rectangle constitue une modélisation de la multiplication et de la division. Pour développer les conceptions de la multiplication, un schéma qui met l’accent sur le rapport entre les éléments en présence peut aussi être mobilisé, qui ne souffre pas des mêmes limites que celui de l’addition répétée. Il permet de faire usage de manière flexible des tables de multiplication, dont l’automatisation, favorisée par des tâches de production, est cruciale pour libérer les ressources cognitives pour des apprentissages plus complexes. Le schéma «partitif» intuitif de division est présent précocement chez les élèves mais sans que les pro‑
priétés mathématiques pertinentes associées le soient également. La division gagne à être travaillée dans des contextes de quotition (combien de groupes de? ou combien de fois ?) qui n’offrent pas les mêmes contraintes conceptuelles que les situations de partage.

 

Les fractions sont l’objet de difficultés importantes d’apprentissage, qui prennent leur source dans la conception bipartite, selon laquelle numérateur et dénominateur sont traités comme deux nombres indépendants. En outre, des représentations traditionnellement mobilisées telles qu’un nombre de parts (qui forme le numérateur) sur une totalité découpée en parts (dont le nombre forme le dénominateur) offrent une conception seulement partielle.

Une diversité de conceptions telles que la partie d’un tout non unitaire, le quotient d’une division, la position d’un point sur la droite numérique, peuvent toutes être soutenues par des représentations figurées et des activités destinées à leur donner sens. Elles constituent autant de points de vue que l’élève peut apprendre à mobiliser en situation pour développer son expertise des fractions et se préparer aussi à des apprentissages ultérieurs.

Les points à retenir

  • Compétence cruciale pour le citoyen du 21e siècle, la compréhension mathématique est mobilisée dans la vie de chacun pour les calculs de la vie quotidienne, la lecture de graphiques, l’interprétation de toute donnée chiffrée. Elle soutient aussi la qualité des raisonnements, la ­capacité d’évaluation des risques et le développement de l’esprit critique.
  • L’apprentissage des structures multiplicatives dont font partie la multiplication, la division et les fractions, tout en relevant d’un socle commun, se répercute sur les apprentissages ultérieurs comme les raisonnements proportionnels et algébriques.
  • Les connaissances mathématiques se distinguent entre connaissances conceptuelles (les principes mathématiques) et procédurales (les algorithmes de résolution).
  • Loin d’être complètement dissociées, ces connaissances se construisent l’une sur l’autre.
  • Les procédures sont révélatrices des conceptions des élèves et les connaissances conceptuelles déterminent dans quels contextes une procédure sera appliquée.
  • Les notions mathématiques sont l’objet de conceptions intuitives, dérivées de l’expérience quotidienne. Elles donnent sens à ces notions mais fourvoient dans certains contextes.
  • Un enjeu majeur pour les apprentissages est que les conceptions des élèves évoluent de manière à aller au-delà des conceptions intuitives et à rencontrer le sens mathématique.
  • La conception intuitive de la multiplication est l’addition répétée, celle de la division est le partage équitable, celle de la fraction est la structure bipartite.
  • Lorsqu’une conception intuitive suffit pour réussir une tâche, cette réussite n’est pas indicatrice que l’élève pourra mobiliser la notion mathématique dans des contextes où la conception intuitive est limitante. Pour s’assurer d’un apprentissage il est essentiel d’introduire des situations où la conception intuitive ne suffit pas.
  • Toute situation mathématique fait l’objet d’un codage par l’élève. Ce codage conditionne les stratégies envisageables et les possibilités de transfert à une nouvelle situation.
  • La diversité des codages qu’un élève peut appliquer à une situation favorise son expertise adaptative, qui permet une flexibilité dans les stratégies, par opposition à une expertise de routine, où des algorithmes sont appliqués de manière systématique mais rigide.
  • Des activités de comparaison entre situations favorisent les recodages qui offrent la possibilité de percevoir de nouvelles propriétés mathématiques et mettre en œuvre de nouvelles stratégies.
  • Des représentations figurées peuvent soutenir la compréhension de notions mathématiques, en offrant des opportunités de recodage et en rendant visible des propriétés mathématiques pertinentes.
  • Le passage d’une représentation figurée à une autre – la traduction entre représentations – favorise la perception de nouvelles propriétés mathématiques.
  • La représentation par des nombres rectangles favorise la compréhension de la commutativité de la multiplication, de la multiplication entre nombres décimaux, de la distributivité de la multiplication sur l’addition, ainsi que la relation inverse entre multiplication et division.
  • Le schéma de correspondance, présent chez les élèves dès 5 ans, favorise la compréhension de la notion de rapport pour la multiplication, contrairement à celui d’addition répétée.
  • Pour la division, même si la notion de partage est présente à 5 ans, il reste difficile de concevoir que plus le nombre d’individus entre lesquels on partage est élevé, moins la quantité reçue par chacun l’est.
  • Outre le schéma partitif de recherche de la taille d’une part, le schéma quotitif est important à mobiliser dans l’apprentissage de la division. Diversifier les figurations de la division est une aide.
  • L’automatisation de la connaissance des tables de multiplication permet aux élèves de consacrer leur attention et leurs ressources cognitives à d’autres apprentissages.
  • Le plus efficace pour la mémorisation des tables de multiplication consiste en des tâches de production des réponses, répétées fréquemment même sur des durées brèves.
  • La récupération en mémoire est moins fréquente pour les divisions que pour les multiplications. Elle est favorisée par le progrès en multiplications.
  • La conception intuitive de la fraction comme structure bipartite conduit à des échecs importants, par exemple lorsqu’il s’agit de comparer ou d’additionner des fractions.
  • La représentation répandue de la fraction comme nombre de parts parmi un tout unitaire découpé en parts égales met l’emphase sur une conception partielle des fractions.
  • D’autres conceptions de la fraction, telles que la position sur la droite numérique, une partie d’un tout supérieur à l’unité, un quotient, un opérateur, un ratio, constituent autant de recodages qui favorisent une expertise adaptative.
  • Des représentations figurées sont à même de concrétiser ces différentes conceptions des fractions et d’être le support d’activité en classe destinées à les travailler auprès des élèves.

Pour aller plus loin

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