Résumé
Un double paradoxe caractérise les débats autour de la question de l’orthographe en France. D’une part, si l’orthographe française a beaucoup évolué au fil des siècles, les débats à propos des réformes successives n’ont, quant à eux, que peu varié. D’autre part, si les performances des élèves français dans ce domaine sont loin d’être satisfaisantes, ce constat n’est toutefois pas récent : il est concomitant des lois qui ont rendu l’instruction obligatoire pour tous. Afin de permettre de comprendre ce double paradoxe, cette note de synthèse présente les grandes lignes de l’évolution de l’orthographe du français, les caractéristiques actuelles de cette orthographe et les résultats des évaluations du niveau en orthographe de nos élèves.
En français, comme dans toutes les écritures alphabétiques, c’est le degré de transparence des relations entre phonèmes (unités de base du code oral) et graphèmes (unités de base du code écrit comme <a>, <ou>, <b>, <ch>) qui facilite l’apprentissage de la lecture-écriture. Ainsi l’orthographe du français est moins transparente que celle de l’espagnol mais plus transparente que celle de l’anglais. Il est donc plus facile d’apprendre à lire-écrire en espagnol qu’en français et en français qu’en anglais. Toutefois l’orthographe du français se caractérise par des spécificités lexicales et grammaticales qui rendent l’apprentissage de l’écriture bien plus difficile que celui de la lecture. Concernant l’orthographe grammaticale, de nombreuses marques morphologiques s’écrivent mais ne s’entendent pas à l’oral (par exemple : elle est jolie, les mouches volent).
Quant à l’orthographe lexicale, l’Académie française a toujours été partagée entre une tendance conservatrice (cf. l’ajout des marques étymologiques <s> et <p> dans escripture) et une réformiste (la moitié des mots ont changé d’orthographe depuis la première édition de son dictionnaire). Ces explications sont confortées par les statistiques indiquant le degré de régularité (la consistance) des mots français en tenant compte des correspondances graphème-phonème et phonème-graphème ainsi que de la morphologie. Elles sont également confortées par les études indiquant que, au début de l’apprentissage, les mots irréguliers (pied, femme…) sont moins bien lus, et surtout moins bien écrits, que les réguliers (porte, samedi…). Toutefois, les erreurs les plus nombreuses concernent l’orthographe grammaticale, le cas le plus notoire étant celui de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir et le complément antéposé (maitrisé par moins de 20% des élèves en fin de primaire).
La conclusion présente les actions nécessaires pour améliorer l’orthographe et son enseignement.
Rédigée par Liliane Sprenger-Charolles, Bertrand Cerquiglini et Anne Abeillé
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Lettre Le Passeur n°21 - Juin 2026