- Principales origines des différences entre l’oral et l’écrit en français.
Plus que les autres langues romanes, le français possède des phonèmes spécifiques, en particulier entre 10 et 16 voyelles qui ne pouvaient pas être transcrites par les 6 voyelles de l’alphabet latin. Il a fallu créer de nouveaux graphèmes (des lettres avec un accent ou des suites de lettres) pour différencier <e> de <é> et <è> (cf. élève), <u> et <ou> (cf. cette russe est rousse) ainsi que les voyelles orales (<a>, <o>, <i> et <u>) des voyelles nasales (<an>, <on>, <in> et <un>). A cet inventaire, s’ajoutent les allographes (<en> et <ant> dans enfant). Quant aux différences dans le décompte des voyelles, elles proviennent de variations régionales: certains francophones ne distinguant pas le <a> de patte de celui de pâte alors que d’autres ne perçoivent pas la différence entre brin et brun.
La prononciation de certains phonèmes spécifiques du français a fortement évolué. Un exemple marquant est celui des voyelles orales qui se sont transformées en voyelles nasales avant de retrouver leur oralité tout en gardant, pour certaines, un double <n> à l’écrit (cf. sonner versus sonate).
Le surmarquage de la morphologie grammaticale à l’écrit. La plupart des marques de flexion qui s’écrivent ne s’entendent plus (les bébés pleurent), sauf dans les liaisons (les [z]amis).
Les décisions de l’Académie. Le choix initial était celui d’une orthographe savante dans laquelle des lettres étymologiques ont été ajoutées (le <s> et le <p> dans escripture) ou mises à la place d’autres (<y> pour noter dans <i> dans luy et joly, cf. les extraits du Corbeau et du Renard reproduits ci-dessus).
D’un autre côté, l’Académie a effectué de nombreux ajustements au cours des siècles : environ un mot sur deux a changé d’orthographe depuis la première édition de son dictionnaire (cf. écriture, savoir, lui, joli, asile). De même, après avoir bloqué la réforme prévue par le ministre Leygues en 1900, elle a approuvé les Rectifications de 1990, mais ne promeut pas vraiment leur application.
- Apprendre à écrire est bien plus difficile qu’apprendre à lire
Concernant l’orthographe lexicale, l’impact de l’irrégularité est plus fort en écriture de mots isolés qu’en lecture. Ainsi une étude dans laquelle les mêmes élèves ont été vus à la fin des quatre premiers niveaux de l’école élémentaire a mis en relief le fait que des mots irréguliers (comme pays, femme, pied) sont systémiquement moins bien écrits que lus (par exemple, 90 contre environ 60 % d’erreurs en fin de CP, 60 versus 30 % en fin de CE1 et environ 30 % contre 10 % en fin de CM1).
L’existence de la norme orthographique : par exemple, le <o> final d’un mot tel que mécano peut s’écrire de plusieurs manières (les alternatives les plus fréquentes étant <eau> et <ot>, comme dans beau et mot), une seule étant correcte.
Le poids de la morphologie en écriture. D’une part, de nombreuses marques morphologiques qui ne s’entendent pas doivent s’écrire (les chats miaulent). D’autre part, la présence d’homophones non homographes, en particulier pour les flexions verbales (chanter, chanté, chantez, chantais, chantait, chantaient…).
- Incidence de l’opacité de l’orthographe dans le développement typique et la dyslexie
Dans le développement typique, c’est l’automatisation progressive de la reconnaissance des mots écrits (qui dépend de la transparence de l’orthographe) qui permet de comprendre ce qu’on lit.
La dyslexie se caractérise par des difficultés de reconnaissance précise et/ou rapide des mots écrits et par de faibles capacités d’orthographe. Ces difficultés qui sont aggravées par l’opacité de l’orthographe, résultent généralement d’un déficit phonologique, et sont à l’origine des difficultés de compréhension écrite observées chez la plupart des dyslexiques.
- L’utilisation des rectifications de l’orthographe de 1990 (tout au moins de certaines d’entre elles, cf. Annexe 3) permet une amélioration des performances des élèves.