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Émilie Decrombecque et Jérôme Hubert, enseignants au collège et lauréats du prix Chercheurs en Actes 2022, proposent une synthèse illustrée des travaux du CSEN sur l’apprentissage de la lecture.

La vidéo complète

La lecture est l’un des apprentissages fondamentaux sur lesquels s’appuie toute la scolarité.

Générique

Alors que la maîtrise du langage oral est naturel (“Bonjour, je m’appelle William !”), la maîtrise du langage écrit n’est pas une activité spontanée pour l’élève (“Euh, c’est quoi ça ?”) : cela requiert un enseignement explicite.
L’écriture est une invention qui repose sur un “code”, qui transcrit les sons et le sens des mots du langage oral, avec des symboles visuels. Savoir lire consiste à savoir le décoder et à en comprendre le sens.

Enfant : “Comment je fais, moi, pour apprendre à lire ?”

Détaillons :

1- Savoir décoder pour comprendre

Dans notre écriture alphabétique, les plus petites unités sonores du langage parlé, les « phonèmes », sont transcrites par une ou plusieurs lettres, les « graphèmes ». Par exemple, le phonème “O” peut être transcrit par la lettre o et le phonème “OU” est transcrit par les lettres ou.

Dans le cerveau, le traitement du langage oral peut être schématisé ainsi : phonologie, lexique, syntaxe, sémantique. Apprendre à lire, c’est développer une nouvelle voie d’entrée par le biais de la vision. Avec l’apprentissage, on voit apparaître dans le cerveau des personnes alphabétisées une région visuelle qui se spécialise dans la reconnaissance efficace des lettres et des chaînes de lettres.
La compréhension écrite d’un mot lu repose sur 2 compétences complémentaires :
le décodage : c’est-à-dire savoir décrypter les graphèmes pour les transformer en phonèmes : on parle aussi du B.A-BA. Par exemple, quand un élève voit le mot “bal”, il doit relier chaque graphème au phonème qui correspond.
la compréhension orale, c'est-à-dire la compréhension du mot décodé. Ainsi, si l’élève décode le mot “bal”, il ne le comprendra que si ce mot est présent dans sa bibliothèque personnelle (“Ah ! Je connais ce mot, c’est quand on danse !”)

Ainsi, un faible niveau de décodage entraîne une faible compréhension écrite, même si la compréhension orale est bonne (voix William - zèbre). Tout comme un faible niveau de compréhension orale entraîne aussi un faible niveau de compréhension écrite, même si le niveau de décodage est bon (voix William - lama).

2- Commencer par le décodage est essentiel pour bien apprendre à lire

L’apprentissage d’un petit nombre de correspondances graphème-phonème (“va,chat”) permet à l’élève de lire de nombreux mots parce que leur prononciation * et leur sens * sont déjà stockés dans sa mémoire (“vache, une vache, comme dans une ferme ?”).

Chaque décodage réussi active la forme sonore et le sens des mots connus, ce qui permet l’instauration d’une représentation orthographique qui sera renforcée par les répétitions.

C’est pourquoi apprendre des mots par cœur sans en maîtriser le décodage serait comme apprendre par cœur un annuaire téléphonique.

En classe
Tout d’abord, le décodage doit être enseigné de façon explicite, systématique et intensive : 2 à 3 correspondances graphèmes-phonèmes par semaine, en commençant par les plus fréquentes. Tout doit être bien expliqué aux élèves : par exemple, que l’on doit commencer par la gauche du mot, et que chaque lettre ou groupe de lettres correspond à un son.

Ensuite, tout comme lors de l’apprentissage de la conduite, cet apprentissage explicite, avec l’enseignant, va rapidement basculer vers un apprentissage implicite, sans l’enseignant : on parle alors d’un auto-apprentissage qui permet à l’élève de renforcer les règles apprises et d’en inférer par lui-même de nouvelles lorsqu’il rencontre de nouveaux mots.
Par exemple, un lecteur débutant lit avec effort, en cours d’année de CP
Enfant : « Le domicile des sept nains ». Il y parvient parce qu’on lui a enseigné les graphèmes o, m, etc... ainsi que la prononciation "es" dans de petits mots, comme "des" mais aussi "les", "mes", "tes", "ses"...
Mais il n’a pas peut-être pas encore appris que « s » se prononce /z/ entre deux voyelles, ni l’orthographe inhabituelle des mots « sept » et "nain" ; cependant, il parvient tout de même, peut-être en devinant un peu, à lire ces mots et, en y parvenant, ces informations vont s’inscrire dans son cerveau de façon implicite, à mesure qu’il lit de plus en plus.


3- Comprendre = établir des liens

Apprendre à décoder les mots peut aller vite : moins d’une année de CP. Apprendre à comprendre s’étale sur des années, d’abord à l’oral, ensuite à l’écrit.
En effet, la compréhension repose sur des capacités linguistiques (vocabulaire, grammaire…) mais aussi non-linguistiques (motivation, attention, mémorisation). Par exemple, pour comprendre le début de l’histoire suivante : “Julie est malade, sa mère lui donne du sirop.”, il n’est pas utile de préciser de quoi souffre Julie. Le lecteur peut l’inférer sur la base de ses souvenirs : si elle boit du sirop, c’est qu’elle doit avoir mal à la gorge.

Avec des élèves qui ne savent pas encore lire (en maternelle et début de CP), la compréhension peut déjà être travaillée à partir de récits lus par l’enseignant. Cela permet d’interagir avec les élèves en leur posant des questions comme :
Quand et où se passe l’histoire ? Qui sont les personnages ? Que font-ils ? Pourquoi ? Comment ?

En conclusion, la compréhension écrite repose sur deux compétences complémentaires : le décodage et la compréhension orale. Et plus la lecture sera automatisée, plus l’enfant pourra concentrer son attention sur la compréhension de ce qu’il lit et devenir ainsi un lecteur autonome, qui lit autant pour apprendre que pour son propre plaisir !

Enfant : Dis maman, on va à la médiathèque chercher de nouveaux livres maintenant que je sais lire ?

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