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Conférence donnée par Alain Brunn, inspecteur général de l’éducation, du sport et de
la recherche, et Pierre Chiron, philologue, historien de la rhétorique et romancier

 

Les défis actuels de l’enseignement des Lettres en France

Écartée de l’enseignement des Lettres depuis que la source du commentaire l’a emporté sur l’arbre qu’elle constitue, pour reprendre la fameuse formule de Michel Charles, la rhétorique n’a pourtant pas complètement disparu : elle continue en effet à hanter cet enseignement, non seulement à travers la place centrale qu’elle a prise depuis un demisiècle dans la théorie comme dans l’histoire de la littérature, mais aussi dans de nombreux gestes pédagogiques qu’elle inspire, ou dans les projets didactiques qu’elle sous-tend. Comment expliquer la présence de cette basse continue, de plus en plus audible ? À quelles difficultés propres à l’enseignement des Lettres aujourd’hui répond-elle ? À quelles conditions cette formule ancienne peut-elle se faire remède aux maux contemporains que rencontre la discipline ?

La rhétorique ancienne et ses ressources

Spécialement depuis la création de l’International Society for the History of Rhetoric en 1977, la connaissance de la rhétorique ancienne a beaucoup progressé, que ce soit d’un point de vue philologique, historique, ou anthropologique. Ses liens avec la démocratie, l’apport crucial de la philosophie, la constitution d’un complexe dispositif pédagogique destiné à guider l’apprentissage de la parole publique, puis la diffusion de cet héritage jusqu’à l’Europe du 19 siècle, tout cela est mieux connu, notamment les « exercices préparatoires de rhétorique » (progymnasmata). Avec ces exercices, la rhétorique est devenue la colonne vertébrale de ce que nous appelons enseignements littéraires. Ils assuraient à l’élève la maîtrise active, orale et écrite, du lexique, de la syntaxe, de l’argumentation et des principales formes discursives que sont la fable, le récit, la description ou encore l’éthopée et la thèse. Les acquis touchaient aussi aux modèles littéraires, au raisonnement, à l’empathie et à l’esprit critique. D’où la question : ce « gisement » doit-il être remis en service aujourd’hui, en ces temps de mutation des pratiques culturelles et de crise des méthodes traditionnelles d’enseignement des lettres ? Si oui, comment ?

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